La vie à Pachacútec

Chez nous

Nous habitons une chambre, à même pas 200m du local de l’association. La chambre à son lavabo, ses toilettes et sa douche. Nous avons l’électricité et l’eau courante, froide uniquement. A l’association, il n’y a l’eau courante que depuis un an, on est donc plutôt chanceux. Alizée se douche régulièrement à l’eau froide. Sinon, nous faisons chauffer un peu d’eau à la bouilloire et nous nous lavons avec.

La salle de bain et carrelée, les autres murs ont été peint à la va-vite avant notre venue, le sol de l’habitation est en béton brut.

Au bout de deux semaines, l’une des lattes de notre lit s’est rompue. Les mauvaises langues diront qu’on était trop lourds, mais la vérité c’est que la latte était… Vivante.

La latte cassée et ses galeries internes
Le tas de « sciure » sortie de la latte, avec son ver.
Notre chambre

La Sécurité

Par mesure de sécurité, nous ne sortons pas la nuit. Pas question ici de se faire sa petite balade pour prendre l’air (ou faire son footing). Même se balader dans le quartier de jour est compliqué à cause des chiens qui gardent les maisons et qui sortent en courant, grognant et bavant pour nous chasser. De plus, le raccourci « blancs = argent » est dans l’esprit de beaucoup, faisant de nous des cibles privilégiées. Dans les minibus, les collectivos et les combis, il faut verrouiller sa portière, faire attention à ses affaires personnelles, laisser sa fenêtre fermée, ne pas sortir son téléphone. Tous les rez-de-chaussés et quelques premiers étages ont des barreaux aux fenêtres et aux portes afin d’éviter les vols. Il faut le dire, il y a un certain climat d’insécurité. Pour Alizée, c’est la chose la plus dérangeante. Les libertés personnelles sont clairement limitées. Si on décide de s’oxygéner un peu, la peur de l’agression se fait rapidement sentir.

Gringos !

Nous sommes très peu de blancs à Pachacútec, pendant longtemps nous avons cru être les seuls. Les gens sont surpris de voir des étrangers. Impossible de nous louper ! Des blondinets à la frimousse blanche dépassant la foule de plus d’une tête, ça se voit de loin. Les gens nous dévisageant, des enfants nous montrent du doigt, on nous crie  » gringo! », « extranjeros! » lorsqu’on nous aperçoit.

La culture du bruit

Ici, le bruit, c’est la vie ! L’autoradio crache du reaggeton à fond dans les combis, on fait péter les watts dans les supermarchés ou les échoppes un peu branchées. Le bruit commence vers 5-6h du matin ou les touk-touk livreur de petits déjeuners démarrent leur ronde. On entend crier dans les hauts parleurs  » bonito, rico, sano! « . La musique dans les magasins et les vendeurs à la sauvette entretiennent l’ambiance jusqu’au soir. Une fois la nuit tombée, les chiens et les bruits de ménages prennent la relève. Il y a d’ailleurs chez nous 4 chiens enfermés ou attachés nuit et jour, pleurant et aboyant, appelant à l’aide… Sur Booking, on lit souvent des commentaires d’occidentaux dérangés par le bruit. Les péruviens eux, on l’air de bien s’en accommoder.

Vue depuis la fenêtre de notre chambre à 18h, profitant de la fanfare de l’école d’à côté.

Le marché

Nous faisons nos courses au marché. C’est un ensemble de petits étals couverts où on trouve tout. Nous y achetons de délicieux fruits et des légumes une ou deux fois par semaines. Dehors, on trouve un camion fraîchement arrivé d’Amazonie rempli d’ananas tellement sucrées qu’on dirait du miel. Nous nous régalons avec les papayes et les mangues. Aussi, le Pérou compte une improbable variété de pommes de terre, d’avocats, de Maïs… On ne se rend pas compte de cette diversité en France.

Un orchestre au milieu du marché de Pachacútec
La meilleure sorte d’avocat que l’on ai mangé. Il est petit et a une belle couleur bordeaux

Les chiens errants

Ah… Ces bon vieux toutous, les meilleurs amis de l’homme ! Si vous étiez un amoureux des chiens, venez à Pachacútec voir si votre amour y résiste. Ils sont des centaines à errer et à se reproduire. De ce qui ressemble au Yorkshire jusqu’au gros pitbull, tous sont sales, malades, pleins d’abcès et de puces qu’ils grattent jusqu’au sang. Ils aboient jour et nuit. Quand ils n’aboient pas, ils dorment ou croquent un passant. Charmant ! Nous nous sommes faits plusieurs frayeurs en croisant des chiens agressifs au détour d’une rue et ce ne sont pas les récits d’attaques avec morsure qui manquent.

Les habitants

Dans le quartier où nous habitons, beaucoup viennent de la sierra. Les gens plantent des arbres au milieu du sable pour se rappeler leur région d’origine. Lors des pauses cafés, à l’association on parle du cochon du voisin qui s’est enfuit ou du dernier poulet qu’on a tué.

Les fêtes dans le quartier restent teintées des danses traditionnelles de la Sierra.

Économie et société

Si les gens migrent sur Lima, c’est pour trouver du travail. Mais au final, il est très difficile de trouver un emploi à Pachacútec. Avoir un travail sur Lima, c’est passer quotidiennement 4h dans les transports.

La situation est d’autant plus difficile pour les femmes. Dans une société patriarcale où l’éducation sexuelle est prohibée, elles tombent enceintes jeunes et c’est à elles qu’il incombe de s’occuper des enfants. Il leur est donc difficile d’exercer un métier régulier, et celui-ci sera forcément sur Pachacútec. Dans leur situation, elles sont prête à prendre n’importe quel petit boulot, à n’importe quel prix.

Par exemple, elles se font proposer de coudre des pulls péruviens à destination des boutiques touristiques. Elles sont rémunérées 1 sol (0,26€) par pièce. Sachant que les plus rapides d’entre elles cousent 30 pull en 10h de travail. Ces mêmes pulls se retrouvent dans les magasins du centre-ville de Lima à des prix variant entre 25 et 100 soles (7-27€). C’est une chose de savoir que les prix bas du textile sont le résultat de personnes exploitées. C’en est une autre que de vivre parmi elles.

Souvent, nous croisons aussi des femmes portant leur bébé dans un baluchon, parfois un enfant dans une main, et dans l’autre des bonbons ou des cacahuètes grillées qu’elles tentent désespérément de vendre aux passants ou aux passagers dans les bus.

De plus, le Pérou est un pays très libéraliste. Chômages, retraites et autres aides sociales sont faibles ou inexistantes. Et avec 75% de l’économie du pays qui est informelle, c’est autant de personne sans aucune protection sociale. Les services publics d’éducation et de santé sur Pachacútec, lorsqu’ils existent, sont de piètre qualité. Il faut donc faire appel aux établissements privés. En cas de coup dur, les personnes démunies n’ont donc pas d’autre choix que de souscrire à des prêts personnels… À des taux annuels de 40%!

Les tremblements de terres

Il y a régulièrement des tremblements de terre au Pérou. Nous en avons senti un de magnitude 5.8 le 4 décembre à 22h23.

Nous étions sur le point de nous endormir quand Alizée a senti le tremblement de terre. Aussi sec, elle réveille PJ, se lève en trombe pour s’habiller et sortir du bâtiment. Debout debout !! PJ, encore à moitié endormi n’a pas l’air de se presser.

La minute qui suit, le tremblement de terre est déjà fini. L’épicentre était près de Pisco.

Tremblement de terre !!!

Dans le local de l’association, Agnès s’est préparé un sac à dos avec des vivres, quelques vêtements et des copies de ses papiers, au cas où Lima serait frappé d’un tremblement de terre d’une magnitude élevée. Tout Pachacútec est construit sur des montagnes de sable, rendant la population vulnérable aux secousses. On sent bien qu’Agnès redoute les tremblements de terre. Il faut reconnaître qu’un désastre pareil laisserait s’exprimer la forte violence étouffée des quartiers défavorisés.  » Si ça arrive, j’irai me réfugier chez les femmes que j’ai aidé. Une blanche comme moi au milieu de ce chaos, c’est fatal » dit-elle.

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