03/11 : De Paracas à Pachacútec
Les vacances sont finies ! Exit les escapades et les visites touristiques. De bon matin, nous quittons Paracas pour notre dernier long trajet avant d’entamer notre volontariat à l’association Altiplano Lima. Notre bus arrive au centre-est de Lima en début d’après-midi. De là, il s’agit de traverser la ville et de rejoindre Ventanilla, la première ville en banlieue nord de Lima. Nous retrouvons Agnès, la directrice d’Altiplano, au centre-ville de Ventanilla. Ensemble, nous montons dans un taxi collectif pour Pachacútec.
Le quartier de Pachacútec
« Pachacútec » était le patronyme du 9ème grand chef Inca qui régna durant le XVème siècle. Son règne marqua le début de l’expansion de la civilisation Inca avec la conquête de l’intégralité de l’Altiplano et toute la Cordillère des Andes de l’actuel Pérou.
Mais le Pachacútec dont il est question ici est bien différent. Il s’agit d’un immense quartier populaire au milieu de collines désertiques. Il est né en l’an 2000 suite à une relocalisation gouvernemental de milliers de familles qui avaient envahi le sud de Lima en quête d’un endroit où vivre. Depuis, Pachacútec s’est étendu cahotiquement tout en cherchant à se développer économiquement et socialement.
Près de 20 ans plus tard, ce sont plus de 150.000 personnes qui y vivent dans des cabanes de bois et de tôle ou de petites maisons en briques brutes érigées sur le sable. Nombre de ces bâtisses sont consruites sur des terrains sans aucun titre de propriété et des secteurs dépendent de camions citernes pour l’approvisionnement en eau car le réseau d’eau courante y est inexistant.
La population qui vit ici est très pauvre. Le travail y est difficile à trouver et est souvent informel. Il est très dangereux de se balader la nuit en raison de la forte délinquance. C’est un peu mieux de jour, mais il est préférable de rester dans les rues connues et fréquentées, et il faut toujours rester vigilant aux nombreux chiens errants.
Seuls les quelques petits parcs de jeux pour enfants et la vue sur la mer à 5 kilomètres en contrebas contrastent avec ce paysage de sables et d’habitations de fortune.
Notre petit chez-nous
Le taxi collectif nous dépose au lieu-dit « Chifa Dos Chinitas », du nom d’un restaurant chinois du coin qui semble ne plus être ouvert. De là, nous marchons jusqu’à ce qui sera notre logement pour les 2 mois à venir.
Qu’est-ce que ça fait plaisir d’avoir à nouveau un petit chez-soi pour quelques temps. Nous avons passé un voyage incroyable jusqu’ici, mais le fait de passer d’hôtel en hôtel tous les deux jours, à déballer et remballer ses affaires et continuellement porter sa maison sur son dos est éreintant. C’est donc un soulagement de pouvoir enfin poser nos sacs.
Agnès nous présente à la Señora Verónica chez qui nous louons une chambre au premier étage. La bâtisse fait 3 étages, c’est l’une des plus grandes du coin. Lorsque nous arrivons, la Señora Verónica et sa fille viennent de finir de repeindre la pièce et sont en train de la nettoyer.
C’est une grande chambre d’environ 15 m2 avec un petit coin salle de bain comprenant lavabo, WC et douche. On a de la chance, la maison est équipée en eau courante. Par contre, il n’y a pas d’eau chaude.
La chambre compte pour seul meuble un lit dont il manque la plupart des lattes ainsi que la moitié des vis du cadre. Du coup, à peine arrivés on se met en quête de vis pour solidifier le cadre de lit. On trouve aussi la plupart des lattes au grenier de la maison. PJ scie deux vieux morceaux de bois pour remplacer les dernières lattes manquantes. Pour aménager la pièce, Agnès nous fournit trois petites tables, deux chaises, tout le linge de literie, un peu de vaisselle, une bouilloire et une petite plaque de cuisson. Quand la nuit tombe, nous nous retrouvons dans une chambre bien cosy.
Nous remercions Agnès, Señora Verónica et sa fille de leur aide, et allons nous coucher afin d’être en forme pour notre premier jour de volontariat.
Du 04/11 au 08/11 : La découverte de l’association Altiplano
Présentation d’Altiplano
Altiplano Lima est une association à but non lucratif franco-péruvienne. Son objectif est d’organiser des activités sociaux-éducatifs à l’intention des enfants et des femmes en situation difficile de Pachacútec. Ces activités sont :
- La tienda : un magasin de fournitures scolaires tenu par 6 femmes du quartier en situation difficile.
- Saceduc : deux périscolaires tenues par 4 institutrices.
- Deux bibliothèques tenues dans des écoles où les enfants peuvent emprunter des livres, afin de faciliter l’accès aux livres pour les enfants.
- Le prêt d’œuvres littéraires à des professeurs pour faire de la lecture suivie en classe.
- La chaîne solidaire qui est une sorte d’Emmaüs local : l’association vient récupérer des donations de biens dans le centre-ville de Lima et les revend à prix cassés sur Pachacútec lors de bazars mensuels.
Pour plus d’informations, vous pouvez aussi visiter le site de l’association : www.altiplanolima.com
Le local de l’association se trouve à 100 mètres à peine de là où nous logeons. Il s’agit d’un bâtiment en brique, situé en face d’une école primaire / collège. La baraque comporte un étage, mais celui-ci est encore en construction et n’a pas encore de toit. Seul le rez-de-chaussée est utilisé. On entre par une porte en fer pour arriver dans une grande pièce pleine d’objets issus de donations : des meubles, des vêtements, des jouets, des ballons-bouées Machu Picchu… Un petit couloir aménagé à travers ce bazar permet d’accéder aux autres pièces de l’étage. À droite se trouve la tienda, le magasin de l’association. Au milieu, deux salles pleines à craquer d’objets divers entreposés ici. Et à gauche on trouve les toilettes sèches ainsi que l’oficocina, la pièce qui tient lieu de bureau et de cuisine pour l’association.

Les débuts
Le premier jour, nous arrivons sans trop savoir à quelle sauce nous allons être mangé. Nous ne nous sommes engagé pour aucune tâche en particulier et ne savons pas en quoi nous pouvons nous rendre utile. C’est vrai après tout, que peuvent concrètement apporter des ingénieurs en analyse de structures mécaniques ou en conception électronique dans une association socio-éducative de Pachacútec ? Nous nous sentons comme des manchots dans une prairie.
Ca n’a pas l’air de déranger Agnès outre mesure. Selon elle, « il y a toujours quelque chose à faire ».
Finalement, notre première sera la révision du matériel informatique de l’association. Des trois ordinateurs de l’association, seul un PC portable fonctionne encore. Nous trouvons également plein de matériel informatique dans le bazar du local : des tours d’ordinateur, des claviers, des souris, une tablette… Mais tous les appareils ont au moins 7 ans, sont en mauvais état, rouillés et poussiéreux.
PJ se met à recréer une tour fonctionnelle à partir de morceaux de 4 autres tours, tandis qu’Alizée remet en état un ordinateur portable pour tenter de le revendre. À la fin de la semaine, la « nouvelle » tour est installée dans la tienda avec tout qui marche pour pouvoir imprimer et aller sur internet.
D’ailleurs, petite aparté, parlons-en de l’internet. Altiplano est équipée d’une borne Wi-Fi qui est connectée à une antenne sur le toit. Il s’agit d’un réseau Wi-Max pirate tenu par un bidouilleur informaticien du coin distribuant internet à plusieurs personnes du quartier. PJ découvre avec étonnement cette technologie dont il n’avait jusque là entendu parler qu’anecdotiquement lors de ses études. Recourir à ces réseaux pirates est le seul moyen d’avoir internet, les câbles téléphoniques ont jamais été tirés jusqu’ici, la fibre optique encore moins. Du coup, nous jouissons d’une connexion internet d’environ 200 kbit/s en heure creuse, qui descend à 20 kbit/s en début de soirée. Autrement dit, nous retrouvons les joies du bas débit.


À côté de cela, nous participons à la petite vie de l’association. Chaque jour, nous rencontrons une des femmes qui tient le magasin de l’association (chacune travaille un jour par semaine). Le matin, nous allons chercher le pain pour le petit-déjeuner et le midi nous cuisinons pour nous et Agnès. Des fois, nous échangeons notre nourriture avec celle des femmes qui travaillent au magasin.
Nous découvrons aussi le quartier, notamment les locaux où se trouve les deux périscolaires tenues par Altiplano, mais aussi le grand marché de Pachacútec, où l’on peut acheter de tout.
Première sortie à Lima avec Agnès
Le jeudi, nous accompagnons Agnès pour sa sortie hebdomadaire au centre de Lima. Pour cela, nous prenons d’abord un combi (un mini-bus) de Pachacútec jusque Ventanilla, où nous empruntons ensemble un taxi collectif jusqu’à la Plaza Dos de Mayo. De là, il nous reste 20 minutes de marche pour arriver au centre historique. Ce trajet de 35km aura pris environ deux heures et coûté 7,50 soles par personne (environ 2€).

Comme il est 13h passé et qu’on a un peu faim, Agnès nous emmène à son adresse favorite, « chez les frangines ». PJ croit d’abord à un nom de resto hipster tenu par des expatriées françaises. En réalité, il s’agit d’un restaurant tenu par des sœurs religieuses. Elles réalisent deux services ouvert au public à midi et en soirée, et utilise les bénéfices du restaurant pour réaliser une soupe populaire chaque après-midi. On est accueilli chaleureusement et on nous sert un menu entrée-plat-dessert qui propose une cuisine simple mais riche, avec une once d’influence péruvienne. On se régale !
Une fois rassasiés, nous nous rendons à Miraflores où Agnès a des affaires personnelles à réaliser. Pendant ce temps, nous allons visiter le « Lugar de la Memoria », un mémorial sur les sombres événements qu’a connu le Pérou durant les années 80 et 90. Pendant cette période, le pays est bouleversé par de violentes guérillas du Sentier Lumineux et du MRTA et une répression militaire abusive. Des villages entiers éradiqués sous prétexte d’avoir collaboré avec l’un ou l’autre camp, des écoles converties en centres idéologiques prônant la violence, des attentats, des disparitions, des fosses communes, des stérilisations forcées, des mouvement de populations… Les victimes se comptent par dizaines de milliers et aujourd’hui le Pérou panse encore les plaies de ces massacres qui n’ont cessé qu’il y a 20 ans à peine. La visite est très intéressante, nous apprenons beaucoup sur cette partie de l’histoire péruvienne qui nous était jusqu’alors inconnue. Mais une fois sortis, nous sentons que notre moral en a pris un coup.
Nous retrouvons Agnès avec qui nous retournons près du centre historique afin de faire des achats pour la tienda au Mercado Central (marché central). Le temps qu’on y arrive, la nuit est déjà tombée mais pour autant, le quartier grouille de monde. Le Mercado Central, c’est l’endroit où il est possible d’acheter tout est n’importe quoi. Imaginez un quartier entier formé de centaines de petits magasins, parfois en longues allées, parfois sur plusieurs étages, et qui vendent des articles de papeterie, du petit électroménager, des décorations, des déguisements, des babioles en plastique… Tous les articles sont vendus à prix bradés, mais la qualité est souvent douteuse. Nombre des produits vendus ici sont les grands stocks invendus ou interdits à la vente en Amérique du Nord ou en Europe. L’endroit ferait passer un Maxi Bazar pour une épicerie Bio.

Une fois avoir acheté de l’argile, du papier cadeau, de la peinture et une casquette canard (commande spéciale d’une cliente), nous rentrons à Pachacútec en taxi-bus vers 21h, chargés comme des mulets. Mais même à cette heure-là, la route est encore tellement embouteillée que le retour nous prend presque 3 heures.

10/11 : Première collecte
Le week-end, nous prenons une nuit sur Lima afin de profiter de la ville. Mais nous tâchons d’être rentré à Pachacútec le dimanche à 18h, C’est à cette heure qu’Agnès débarque avec un camion plein de donations d’objets qu’elle a collecté toute la journée sur Lima. Elle et le conducteur du camion paraissent crevés de leur journée et sont bien contents que nous venions prêter main forte. Nous descendons du camion des sacs de vêtements, des jouets, des téléviseurs, des meubles… Les plus lourds restent un grand canapé convertible, une vitrine alimentaire et une vieille machine toute rouillée qui semble être une trancheuse à pain récupérée dans une boulangerie. Nous stockons tout cela dans une grande cantine appartenant à une église protestante de coin où se tiendra la vente de ces objets lors d’un bazar dans la semaine qui vient.

Du 11/11 au 15/11 : Les 2 bazars d’Altiplano
Premier bazar : la compta
Cette semaine on s’attaque à un gros morceau : faire la comptabilité 2019 de l’association.
La comptabilité est nécessaire pour établir le bilan annuel de l’association. Elle est aussi utile pour avoir une visibilité de l’état financiers des activités de l’association.
Notre premier constat est que la gestion financière d’Altiplano est un peu chaotique. Néanmoins, nous nous retrouvons dans un méli-mélo de classeurs, cahiers, feuilles volantes et petites notes grifonnées sur un coin de papier, cherchant à comprendre ce qui a bien pu se passer dans l’association au cours de l’année.
Une fois que l’on commence à comprendre les comptes, nous nous mettons à concevoir des feuilles de calculs sur tableur afin de calculer le solde annuel de l’association et de chacun de ses programmes. Rentrer toutes les recettes et dépenses sur ces feuilles de calcul prend un temps fou…
Alizée organise aussi quelques cours sur tableur aux vendeuses.
Le bazar de la Chaîne Solidaire

En début de semaine, nous continuons à tester et préparer divers appareils électroniques (lecteurs DVD, claviers, souris, câbles) en préparation du bazar mensuel que l’association tient cette semaine.
L’organisation du bazar commence dès le mercredi matin. Avec deux femmes employées par l’association, nous déballons tout le capharnaüm de la collecte du dimanche et des invendus des bazars précédents. Tout est disposé en stands dans la cantine. On y trouve de tout ! Il y a une douzaine de gros sacs de vêtements, des chaussures, des jouets, des livres, des CDs, de la vaisselle, des meubles, du carrelage… La préparation nous prend toute la matinée.

Le bazar ouvre dans l’après-midi. Plus besoin de nous, les femmes embauchées par l’association ont l’habitude de gérer les ventes. On ne nous rappellera que le vendredi après-midi pour aider à ranger le bazard, en empilant du mieux possible tous les invendus dans un coin de la cantine, et ce jusqu’au prochain bazar.
Les bénéfices générés par le bazar permettent ensuite de subventionner les autres programmes de l’association.
Du 18/11 au 22/11 : L’engagement social au Pérou
Des chiffres et des lombricomposteurs
Cette semaine nous continuons ce que nous avons entrepris la semaine passée. À savoir, surtout la comptabilité. Maintenant que la majorité des données ont été entrées sur l’ordinateur, nous obtenons les premiers chiffres et nous faisons quelques études statistiques afin d’aider Agnès à faire des choix stratégiques. Nous mettons aussi en place des outils pratiques pour récupérer les informations utiles facilement, toute l’année. En espérant que cela facilitera la comptabilité en 2020.
Au niveau informatique, nous remettons en état un autre PC portable, ce qui permet d’avoir un poste informatique supplémentaire pour l’association. Nous procédons également à une récupération et une sauvegarde des données des trois générations d’ordinateurs qui se sont succédés. Ce sont des milliers de photographies et documents des dix dernières années de l’association qui ont été sauvées.
Enfin, nous nous lançons dans la conception d’un lombricomposteur pour l’association. Cela permettra d’apprendre aux membres de l’association comment valoriser leurs déchets. Agnès est très impatiente de lancer son élevage de petits vers de terre dans la cuisine.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le lombricompost, il s’agit d’une technique pour réaliser un compost de maison hors-sol, que l’on peut donc mettre sur son balcon ou dans sa cuisine. Un lombricomposteur est composé de plusieurs boîtes communicantes dans lesquelles on met en place une colonie de lombric. On jette ses déchets organiques dans la caisse du haut et les lombrics s’occupe de les manger. Au bout de quelques mois, tout est transformé en terreau fertile qu’on peut ensuite utiliser dans un jardin.


Le tissu de l’engagement social au Pérou
Au cours de cette semaine, nous avons eu l’opportunité de rencontrer de nombreux autres acteurs engagés dans le développement social du Pérou. Beaucoup de ces rencontres nous ont énormément touchées et il nous tient à cœur de vous en parler un peu.
Le Père Yves
Le mercredi, nous nous rendons à Huaycán, à l’est de Lima, où Agnès a œuvré il y a de cela plusieurs années avant qu’elle ne vive à Pachacútec. Là, nous avons rendez-vous avec l’antenne locale du Samu Social Pérou (voir section suivante). Mais comme nous sommes en avance, Agnès nous emmène rendre visite au Père Yves, un ami à elle.
Nous nous rendons au centre diocésain, située au centre de Huaycán. Là, le Père Yves nous accueille chaleureusement avec une grande simplicité. Âgé de plus de 80 ans, il nous reçoit habillé d’un gros pull, un pantalon cousu grossièrement. Aux pieds, il porte des sandales fabriquées à partir de vieux pneus. Ce type de sandales est typique des paysans les plus modestes vivant dans les montagnes andines.
Le Père Yves est un prêtre Montfortain, une congrégation religieuse de missionnaires qui se dédie aux milieux ruraux. Pour nous faire comprendre son rôle ici, il nous raconte l’histoire de Huaycán.
Huaycán n’est pas une ville en soi, mais un quartier rattaché à la ville d’Ate. Située à embouchure de plusieurs vallées, Huaycán a commencé à se peupler il y a à peine 30 ans, lorsque les populations fuyaient le conflit opposant le gouvernement et le Sentier Lumineux. Les premières zones étaient nommées par des lettres de l’alphabet, mais la lettre Z fut rapidement atteinte en raison de la forte migration. Huaycán s’est propagé à intérieur des vallées, et aujourd’hui les gens continuent de construire leurs maisons de fortune toujours plus haut sur les flancs de vallée. Malgré son âge, le Père Yves continue de vivre quatre jours par semaine dans les zones les plus reculées au fond des vallées afin d’y visiter les populations les plus démunies. C’est donc un coup de chance de l’avoir trouvé ici.
Le Père Yves nous fait ensuite la visite du centre diocésain. Il nous présente la Cathédrale de Huaycán, un immense édifice de construction moderne. C’est assez surprenant qu’une cathédrale ait été construite au milieu de ce quartier populaire. Cela résulte du choix inattendu du premier évêque qui préféra ériger son diocèse ici plutôt qu’au centre d’une des grandes villes de l’évêché.

À côté de la cathédrale, l’ordre montfortain tient également un hôpital polyclinique. L’établissement semble bien équipé et possède son propre IRM.
Quelque soit son opinion religieuse, on ne peut être que touchés par ce que ces missionnaires ont construit ici et l’engagement qu’ils prennent au quotidien pour venir en aide à la population locale.
Le Samu Social Pérou
En plus de la direction d’Altiplano, Agnès est également la présidente du comité du Samu Social Pérou. Cette association fait partie du réseau Samu Social International qui promeut une méthodologie de réponse à l’urgence sociale. Concrètement, le Samu Social établit des antennes dans les zones les plus démunies. Chaque antenne possède une ou plusieurs équipes composée de médecins, psychologues, assistants sociaux, aides soignants et chauffeurs. À l’aide d’ambulances, ces équipes réalisent des maraudes pour intervenir au plus près des populations les plus démunies et les prendre en charge s’ils le souhaitent. Les domaines d’intervention sont multiples : maltraitance des enfants, de la femme, addiction, personnes sans-abris…
Cette semaine, nous avons l’occasion d’accompagner Agnès lors de ses visites aux deux antennes péruviennes du Samu Social. L’une est à Huaycán, l’autre à Santa Rosa, un quartier à l’ouest de Pachacútec. Nous y rencontrons le personnel dans leur local et échangeons avec eux. Nous sommes émus par ces personnes qui combattent la misère au quotidien, et ce malgré le manque de moyens ou de soutien nécessaire pour un tel combat.
Pour plus d’informations sur le Samu Social Pérou, vous pouvez visitez ce lien :
http://www.samu-social-international.com/site/samusocial-peru/
Hermana Christina
Un midi, Agnès invite son ami Hermana Christina à manger avec nous à l’association. Hermana Christina est une sœur religieuse chilienne qui tient un centre pour enfant handicapés à Pachacútec.
Dans un contexte de pauvreté tel qu’à Pachacútec, les familles sont beaucoup plus atteints par le handicap. D’une part, les cas de handicaps y sont plus fréquents en raison des problèmes de sous-nutrition et l’accès difficile aux soins médicaux. D’autres part, il n’y a pas non plus d’accès à des structures spécialisées dans le handicap. Donc rien pour accompagner l’enfant dans son développement ou pour accompagner et soulager les familles. Cette situation difficile amène les parents à voir leur enfant comme un fardeau, ce qui mène à des situations telles que la fuite d’un des parents, une sous-nutrition de l’enfant, voire d’infanticide. Et c’est dans cette précarité sociale que Hermana Christina œuvre depuis des dizaines d’années. Mais quand elle parle de son travail, elle déborde de bonheur à décrire le progrès que font certains enfants dans son centre.
Hermana Christina est une personne d’une douceur incommensurable. Sa voix, ses paroles, tout est plein de sagesse et de bonnes d’attentions. On se sent comme des petits-enfants, tout de suite adoptés par cette tendre Mami gâteau.
À la fin du repas, Hermana Christina nous parle d’une mission d’orthopédistes envoyée par une église évangélique étasunienne qui est sensée venir à son centre la semaine prochaine. Ces thérapeutes viennent apporter des chaises roulantes et autres prothèses orthopédiques. Le problème c’est qu’aucun des orthopédistes ne parle espagnol et qu’il n’y a pas suffisamment de traducteurs espagnol/anglais pour assurer les deux jours où ils seront là pour régler les prothèses avec les patients. Hermana Christina nous demande si nous voudrions bien venir faire office d’interprètes. Nous acceptons sans trop réfléchir à ce dans quoi nous nous lançons.