Du 25/11 au 29/11
Bienvenidos Lombri-Krishnas
La première tâche de la semaine est d’installer nos petits lombrics de l’Eco Truly Park dans leur nouvelle maison. Alizée fait également une petite pancarte explicative de ce qui peut et ce qui ne doit pas être jeté dans le lombricomposteur. Puis, on présente le lombricomposteur à toute l’équipe : aux vendeuses, aux professeurs, aux enfants des vendeuses…
Agnès va même inviter les voisins d’en face qui tiennent une petite ferme et un potager. Eux aussi pratiquent le lombricompostage, mais eux le font en plein air dans de grands bacs en ciment de plusieurs mètres de long.
Sur la quinzaine de personnes venant découvrir le lombricomposteur, tous sont intrigués et très intéressés.

The IT guys
PJ continue son travail sur les sauvegardes de données de l’association. Il met en place un cloud pour sauvegarder les informations les plus importantes automatiquement et pour synchroniser ensemble les deux PC portables de l’association (lorsqu’un fichier est modifié sur un PC, les modifications sont disponibles sur l’autre).
Alizée, elle, se lance pour rédiger un bilan annuel des prêts de livres réalisés par les enfants à l’attention de leurs professeurs. L’idée est que chaque professeur puisse voir combien de livres ont été lus par ses élèves, et corréler ceci avec leurs résultats en cours. Le problème c’est qu’avec 300 enfants participants, la liste des prêts sur un an est immense. Et comme chaque enfant au Pérou a deux prénoms et deux noms de familles, que ceux-ci ne sont jamais donnés dans le même ordre ou peuvent s’écrire de 5 manières différentes, c’est un véritable casse tête que de savoir ce qui a été emprunté par un enfant précis.
La venue des orthopédistes chez Sœur Christina
Le mercredi et le jeudi, nous sommes recrutés comme interprètes au centre pour personnes handicapées où travaille Sœur Christina. Une équipe d’orthopédistes étasuniens vient ces deux jours apporter des donations de fauteuils roulants, de coques et autres prothèses orthopédiques. C’est une mission chrétienne oecuménique qui organise ce voyage une fois par an.
Notre rôle est de faire le lien linguistique entre les thérapeutes qui ne parlent qu’Anglais, et les familles locales qui ne parlent qu’Espagnol. En général, nous nous débrouillons pas trop mal en Anglais. Et après trois mois en Amérique du Sud on baragouine un Espagnol qui arrive à se faire comprendre. Mais cela fait une semaine que nous bachautons le vocabulaire qui touche de proche ou de loin à l’orthopédie en préparation de ces deux jours.
Les personnes handicapés qui viennent sont surtout des enfants. Leur mères et grand-mères qui les accompagne nous racontent leurs histoire que nous traduisons aux orthopédistes : comment va l’enfant, quel est son diagnostic s’il est connu… Certains enfants sont incapable de parler ou de se mouvoir. Et faute de matériel adapté, ces mères portent leurs enfants sur le dos ou à bout de bras, ce depuis 16 ans pour certains. D’autres familles sont d’Amazonie et ont voyagé pendant 2 jours avec leur enfant pour venir jusqu’ici. Chaque histoire est déchirante et souvent inimaginable. Il y avait de l’amour pour ces enfants.
Ensuite, les orthopédistes nous demande de traduire quelques questions supplémentaires afin de compléter leur diagnostic. Puis, l’un des thérapeutes s’en va préparer une prothèse adaptée au patient, tandis que nous restons avec l’autre qui pratique quelques exercices de motricité. À la fin, le patient repart avec un matériel sur mesure, généralement un fauteuil roulant. Avant de partir, les orthopédistes proposent aux patients et à leurs proches de prier ensemble.
Malgré notre Espagnol incertain, la communication avec les locaux est plus facile qu’avec les étasuniens. Des fois, ces derniers s’offusquent de notre traduction imparfaite lors des discussions médicales techniques ou de la traduction de la prière. Ils ont du mal à comprendre que l’on n’est pas des traducteurs professionnels et qu’on fait du mieux qu’on peut. Nous sommes peut-être les pires traducteurs Anglais-Espagnol de Pachacútec, mais nous sommes aussi les seuls.
Nous avons aussi du mal avec les orthopédistes qui se prennent en photo en faisant leur plus beau sourire aux côtés de chaque enfant handicapé…
Mais à part cela, ce fut une expérience bouleversante pour nous. Plusieurs fois à la fin de la consultation, les patients adultes ou les parents accompagnant les enfants fondent en larmes. De fatigue ou de désespoir, mais aussi de joie pour le soulagement qu’une simple chaise roulante ou déambulateur va apporter dans leur vie.
Du 02/12 au 06/12

Ce début de mois de décembre annonce la fin de l’année. C’est le moment de faire le bilan des activités de l’association. En particulier, une réunion est prévue pour discuter du programme de la périscolaire d’Altiplano qu’il est prévu de restructurer en 2020. En préparation de cette réunion, nous sortons le bilan financier du programme, ainsi que quelques diagrammes sur le taux de présence et l’assiduité des enfants qui ont profité du programme cette année.
Alizée poursuit aussi ses statistiques sur les programmes de prêts de livres aux enfants et aux enseignants.
PJ se lance dans l’indexation des articles dans la magasin. L’idée est d’avoir une liste de tous les produits du magasin et de leur attribuer un code de référence. Fort heureusement, une volontaire venue en janvier a déjà fait le travail de recenser tous les produits et de les entrer sur un grand tableur Excel. Avec les vendeuses, nous refaisons une passe de correction sur les prix des articles car certains ont changés depuis le début d’année. Puis la liste est imprimée et mise à disposition dans la tienda comme catalogue des prix. Cela évitera aux vendeuses de devoir demander le prix de tel ou tel article à Agnès (cela arrive souvent, parfois plusieurs fois par jour). Grâce à cette indexation, PJ réalise également un générateur de ticket de caisse sur Excel. Il suffit de donner le code des produits et la quantité vendu pour que le ticket de caisse fournisse le nom et le prix des articles, et fasse le total automatiquement. Cela sera utile lors de la période de la rentrée scolaire (en mars-avril) lorsque les parents exigent une liste des achats réalisés.
Du 9/12 au 13/12
Cette semaine c’est au tour de la Tienda de faire son bilan annuel. À nouveau, nous préparons une petite présentation des résultats du magasins que l’on présente aux vendeuses. S’ensuit une discussion sur comment s’est passée l’année et quels sont les points d’amélioration pour l’année qui suit.

Aussi, un nouveau bazar à lieu cette semaine. De nouveau, nous fournissons un petit coup de main pour la préparation de celui-ci.

C’est quoi le rapport ?
Cela fait maintenant cinq semaines que nous travaillons à Altiplano et il n’en reste déjà plus que deux avant que nous repartions. À ce stade, nous avons une bonne compréhension de comment fonctionne l’association dans son ensemble. Nous avons aussi identifié de nombreux points où des améliorations seraient possibles. Nous en avons déjà mis quelques unes en place, mais le temps nous manquera pour tout faire. De plus, nous avons plusieurs suggestions d’amélioration relatives à la stratégie de développement de l’association qui nécessitent d’être discutées entre Agnès, le comité de l’association et les acteurs employés par l’association avant d’être mis en œuvre.
Comme il s’agit là d’un travail de réflexion et de décision sur plusieurs mois ou années, nous décidons de rédiger un rapport listant toutes nos idées, ainsi que des propositions pour les mettre en oeuvre. Agnès et le comité d’Altiplano pourront ensuite se référer à ce document pour établir le développement futur de l’association.
Le document comporte trois sections :
- Une première partie consiste en un audit des activités « magasin Tienda » et « Chaîne Solidaire Emmaüs ». Pour chacune des activités, nous établissons un bilan, listons des problèmes observés et proposons des suggestions d’amélioration.
- La seconde partie traite de la fiscalité de l’association. Comme nous vous l’avions expliqué précédemment, l’économie péruvienne est essentiellement informelle. Mais Altiplano à besoin d’être et de rester dans les clous pour se développer sereinement. Du coup, nous avons mené quelques recherches sur la législation des associations et des petites entreprises au Pérou que nous avons résumé ici en expliquant comment celle-ci s’applique à Altiplano.
- Une dernière partie proposant quelques suggestions pour la gestion administrative de l’association.
C’était un jeudi après-midi
Nous trouvons un vieux four électrique dans les donations. PJ se décide à faire un mendiant avec du pain dur et des pommes dans un tupperware en verre. L’expérience est une réussite ! Nous nous partageons le gâteau avec la vendeuse au magasin et ses enfants. Nous gardons aussi un morceau pour Agnès qui est partie toute la journée à Lima et qui rentrera tard ce soir.

Vers 18h, nous nous apprêtons à rentrer chez nous. Et là… Grande question: ou sont les clés ?
Nous cherchons partout dans la cuisine de l’association, sans succès. Nous contactons Señora Verónica pour nous ouvrir notre chambre (et voir si nous n’avons pas oublié les clés à l’intérieur) mais elle ne sera pas chez elle avant 19h30.
En attendant, nous allons dans un petit square à deux pas de l’association. Nous y rencontrons deux enfants, que nous intrigons beaucoup. « C’est comment dans votre pays ? Comment tu dis Hola en Français ? Vos cheveux c’est une coloration ? Et vos yeux c’est des vrais ? »… On sympathise, on commence à faire les singes ensemble sur les jeux d’enfants, on fait de la balançoire… Nous passons un excellent moment avec ces deux enfants.
À 19h30, Señora Verónica nous ouvre la chambre, mais les clés n’y sont pas. Celles-ci réapparaîtront plus tard dans la soirée, lorsqu’Agnès nous suggèrera d’aller voir si elle ne les a pas accrochées machinalement au mur où elle met ses propres clés d’habitude.
Il nous faut de l’air !
Cette semaine fut plutôt difficile pour nous. Cela fait deux semaines non-stop que nous passons nos journées dans la cuisine-bureau de l’association. C’est ici que nous travaillons en semaine, que nous préparons la suite de notre voyage le week-end (l’aquarium de Comas ne nous a pas trop changé les idées) et que nous mangeons matin, midi et soir. Nous avons vite fait d’y être quotidiennement de 7h à 19h. Et l’endroit n’est pas très chaleureux avec ses murs en briques brutes et ses petites fenêtres hautes grillagées. Les activités s’enchaînent, le travail aussi, tout le monde est fatigué.
Et pas moyen de décompresser en se posant dans un petit coin de verdure. Le quartier n’est pas sûr pour se balader le soir, et nous nous faisons menacer par les chiens errants le jour. Nous aurions bien fait un saut à Lima mais il faut plus de 2h pour y aller et le même temps pour revenir, souvent à demi debout dans un bus bondé dont le plafond se trouve à moins de 1m70 de hauteur… Nous y irons ce week-end, il nous faut une coupure.
Du 16/12 au 20/12
Nous voilà déjà arrivés à notre dernière semaine à Pachacútec. Il s’agit de clore toutes les tâches en cours.
En outre, Alizée fait une passe sur la communication de l’association. Elle met à jour le site internet d’Altiplano, et crée une page Facebook « Altiplano Lima » qui servira à la communication péruvienne sur les réseaux sociaux. Alizée fait également un petit cours privé à Agnès pour apprendre à utiliser ces outils.
Le spectacle de la Mère Noël

Le jeudi, PJ accompagne Agnès et les deux bibliothécaires afin de récupérer les livres de la bibliothèque qu’Altiplano tient dans une école alentour. Il s’agit de faire l’inventaire des livres manquants avant la fin des cours (ici, les grandes vacances commencent à Noël). C’est l’occasion pour PJ de visiter l’intérieur d’une école du quartier. Il en revient choqué.
Nous sommes à une semaine des grandes vacances et les enfants n’ont plus vraiment cours. Du coup, c’est un peu la récréation en continu, les enfants courent, rentrent et sortent des salles de classes en jouant… Mais pourquoi pas, nous aussi on nous rallongeait les récréations, on regardait des films, on jouait à des jeux de société et on faisait des goûter en fin d’année d’école primaire. Non, ce qui choque PJ, ce sont les spectacles organisés dans les classes par des animatrices vraisemblablement embauchées par l’école.
Dans plusieurs salles de classes, de jeunes femmes font l’animation habillées en mère Noël sexy : mini-jupe rouge, talons aiguilles, visage surmaquillé… À un moment donné, dans la salle de classe juste à côté de la bibliothèque, une autre animatrice maquillée, mascara et paumettes rouges, habillée d’un tutu rose moulant s’élance et commence à dancer au milieu d’une classe sur du reggaeton à fond. Les enfants de 7-8 ans sont assis en rond dans la classe, regardent le « spectacle » tandis que la Mère Noël avec son micro et les professeurs les encouragent à applaudir.
Cela passerait déjà pour graveleux pour une fête d’entreprise, mais là dans une école ??? Quels modèles l’institution éducative donne-t-elle à ces petites filles et ces petits garçons ?
El compartir avec les vendeuses
Le mercredi, nous organisons une soirée de Noël avec les femmes de la tienda, qui est aussi notre dernière soirée tous ensemble avant notre départ dans. Pour l’évènement, nous préparons des brownies et des crêpes pour tout le monde, tandis que l’une des femmes à cuisiné de l’Aji de Gallina.


On nous offre une petite carte faite main trop mignonne et chacune à son tour nous remercie avec leurs mots. Ce fut profond et touchant.

Présentation du lombricompost aux voisins
Le vendredi, nous sommes invités par les voisins jardiniers d’en face à faire une présentation du lombricompost. Le gérant de la ferme a invités quelques amis et des employés du site pour l’occasion. Ils ont un grand terrain où ils cultivent la terre et sont intéressés par la valorisation des déchets organiques.
Pour nous remercier, le gérant veut nous offrir un des lapins de son élevage à manger. Nous le remercions gentiment et nous lui expliquons que nous préférons caresser les lapins plutôt que les manger. Il nous invite donc à visiter son élevage. Nous sommes ravis, comme de petits enfants à la ferme.



Le quotidien à l’association
La nourriture, le langage universel
Nous tissons de bons liens avec les employées de l’association, surtout par la nourriture. Depuis le début, nous avons pris l’habitude de nous préparer nous-même à manger à l’association. Nous en préparons souvent plus que nécessaire et faisons donc des assiettes aux femmes qui travaillent au magasin. Certaines femmes nous ramènent également à manger de chez elles. Des bons petits plats préparés avec amour, des petits pains, des gâteaux. Si bien que les dernières semaines, nous avons mangé péruvien quasiment tous les jours. Nous avons bien conscience que pour elles, nous inviter à manger comme elles le font, c’est un grand geste. Nous testons notamment la sopa verde, une soupe aux herbes (la muña) avec des patates, du fromage, et du maïs croquant (le pop corn des Andes) que l’on saupoudre sur la soupe juste avant de servir. Quel délice!


Le chuño est un plat de la sierra. Les patates utilisées dans ce plat sont réparties sur le sol en hiver. Une fois congelées, elles sont écrasées avec les pieds pour faire sortir l’humidité. Cette patate déshydratée peut alors se garder plusieurs mois. Ces patates ne sont pas directement commercialisées à Lima. Les femmes de la tienda les rapportent de chez leur famille vivant dans les montagnes. Elles les cuisinent avec des oeufs et du sel.


L’emploi des femmes du magasin à Altiplano
L’association paye les vendeuses deux fois plus que leurs compères dans les autres magasins de Pachacútec. Les femmes sont payées 50 soles par jour, soit environ 13,5 €. À titre de comparaison, un ticket de cinéma coûte 25 soles par personne et faire l’aller-retour au centre-ville de Lima coûte 20 soles.