10 jour fabuleux à Cuenca : le 5ème va vous étonner…

02/10 : Tous dans le bus !

Nous quittons Montañita le matin, direction Cuenca avec un changement de bus à Guayaquil. Il y en a pour environ 7h de trajet. Nous arrivons en fin d’après-midi. C’est un peu tard pour visiter la ville, nous nous dirigeons directement vers notre hôtel dans le centre (cool !).

Petit repas maison : riz à la banane bouille et salade de crudités.

03/10 : Gilets jaunes « Made in Ecuador »

Nous sortons nous trouver un endroit pour petit-déjeuner. En passant à l’entrée, le réceptionniste nous avertit gentiment qu’il n’y aura pas de transport en commun en raison d’une grève des transport. C’est une chance, le centre de Cuenca est de taille humaine : tout peut se faire à pied.

Cuenca est la ville la plus bourgeoise que nous ayons vu jusqu’ici. On croise plein de papis en costard, il y a beaucoup de magasins de vêtements chics, costumiers, bijouteries, des boulangeries qui sentent bon, de petits musées…

De plus, la ville jouit de bâtisses coloniales bien conservées et d’un urbanisme réussi. Rien à voir avec le bordel ambiant de Quito, Baños ou Lago Agrio. Les rues sont propres et larges, ce qui a permis la mise en place d’une ligne de tram (pas encore opérationnelle, certes). Au sud passe une jolie rivière aux deux rives bien aménagées avec des espaces verts.

Mais revenons à notre petit-déjeuner. Grâce à notre guide du Routard, nous débusquons un « bistrot français », un café confectionnant des spécialités de notre pays. L’endroit est décoré de vieilles photos, de cartes de la France, de bouteilles de pastis vides, et de caisses de vins bordelais… Nous sommes pris d’une petite nostalgie en commandant notre éclair et nos pains au chocolat (amis du Sud-Ouest, en Équateur on ne connaît pas non plus la chocolatine). Malheureusement, les pâtisseries ne sont pas si bonnes, nous sommes un peu déçus.

Nous repassons par l’hôtel pour chercher notre linge sale et le déposer à un service de laverie juste en face dans la rue. C’est l’un de ces petits détails peu glamour qui font parti du voyage et dont on ne parle pas d’habitude. Mais là il y a une petite anecdote associée que nous vous raconteront plus loin 😉.

Nous visitons ensuite le musée d’art aborigène, une collection privée de pièces pré-colombiennes très bien conservées.

Une outre anthropomorphe.

Nous passons le reste de la journée à flâner dans les rues de la ville, aux marchés artisanaux, au marché couvert, au bord de la rivière…

Balade sur les rives du Tomebamba.

En retournant vers l’hôtel, on croise plein de gens avec des cache-nez. On comprend vite pourquoi : pendant notre balade dans des zones un peu excentrée, des manifestations ont eu lieu au centre-ville. Et maintenant toutes les rues empestent le gaz lacrymogène. Ça pique les yeux, le nez et la gorge, on ne peut presque plus respirer. On se couvre le nez et on rentre dans l’hôtel.

Nous restons tapis dans notre chambre. À un moment, nous entendons des sirènes, des cris de foule et des pas lourds qui courent dans le couloir de l’hôtel. Nous suivons le mouvement pour voir ce qui se passe de la fenêtre du deuxième étage. L’air est à peine respirable dehors et les yeux nous brûlent au bout de quelques secondes. Nous voyons dans la rue des policiers en tenue de combat le bouclier à la main, une brume de gaz lacrymogènes et une foule qui se disperse.

Une voiture blindée disperse la foule (?) sous le balcon de l’hôtel.

De l’autre côté de la rue, on voit aussi que notre service de laverie a baissé le rideau. On ne récupèrera pas notre linge aujourd’hui. Zut, c’était le dernier slip…

Bloqués à l’hôtel, nous en profitons pour nous informer plus en détail sur les raisons de la manifestation. Voici un petit résumé de la situation :

La principale ressource économique de l’Équateur est l’extraction pétrolière. Cette ressource est fortement contrôlée par le gouvernement, qui avait même mis en place des subventions sur le prix du pétrole pour faciliter sa consommation et ainsi favoriser le pouvoir d’achat dans le pays.

Hier (le 2 octobre), le président équatorien Lenine Moreno a décrété la suppression de cette subvention gouvernementale. Cette suppression était une condition nécessaire à l’obtention d’un prêt national auprès du FMI. Suite à cette décision unilatérale du gouvernement, les compagnies de transport (bus, taxis) et la confédération indigène (la CONAIE) ont appelé a faire grève et à manifester dans tout le pays.

En tant que Français, il est difficile de ne pas sourire face à la similarité avec la crise des gilets jaunes : une manifestation populaire pour le pouvoir d’achat affecté par la hausse du carburant.

Dans la soirée, on apprend que les manifestations ont dégénéré à Quito et que le président Moreno a déclaré l’état d’exception dans tout le pays. Nous décidons pour demain de récupérer notre linge dès que possible et de prendre le premier bus pour Loja, ville réputée plus tranquille et plus proche de la frontière péruvienne au cas où la situation venait à dégénérer.

04/10: Bloqués

Nous arrivons à récupérer nos affaires à la laverie. À 8h30, nous voilà à la gare routière, prêts à décamper. Seulement, aucun guichet n’est ouvert. On nous dit que la grève se poursuit faute d’accord et qu’il n’y a aucun transport en circulation dans le pays. Nous sommes coincés à Cuenca.

Nous nous trouvons un nouveau logement pour cette nuit, puis nous partons nous consoler autour d’un petit déjeuner. Nous dégotons une sorte de resto équatorien végétarien (le concept reste assez inattendu) où nous dégustons chacun une coupe de fruits au yaourt.

Nous passons le reste de la journée à attendre, guettant les moindres publications des journaux équatoriens et les mails de fil d’Ariane (système de communication de l’ambassade française). Nous partons aussi en quête d’un magasin de loisirs créatifs. Alizée y achète carnet, stylo et crayon pour se remettre à dessiner.

Sud de Cuenca.
Une barricade du centre, en prévision des manifestations de l’après-midi.

Dans la soirée, une publication annonce que les compagnies de transport reprennent du service suite à un accord avec le gouvernement. Nous allons pouvoir repartir demain.

05/10: Le piège se referme

Rebelote, nous nous présentons tôt le matin aux guichets de la gare routière. Malheureusement pour nous, les indigènes, lâchés la veille par leur camarades syndicats du transport, ont bloqué les routes et aucun bus interprovincial ne peut circuler.

Nous étudions toutes les possibilités : Loja, la frontière avec le Pérou… Rien n’y fait, tout est bloqué. Un peu dépitée, Alizée réserve une chambre à l’auberge Bella Vista, une maison d’hôtes avec cuisine, au cas où il faudrait rester beaucoup plus longtemps.

Arrivés à l’auberge, on rencontre un couple d’Argentins (Juan et Daniela) qui ont eu la même idée que nous. Eux aussi sont bloqués ici. Ils discutent avec le propriétaire qui leur dit que dans 3 jours il y aura une nouvelle manifestation de prévu et que si nous ne partons pas avant, nous serons coincés ici pour très longtemps. Il faut partir, maintenant. Il nous propose de faire appel à une compagnie de transport privé qui a des camionettes. Apparemment, les indigènes bloquent les routes mais avec une petite voiture et en passant par les montagnes, il est possible d’échapper aux barrages.

Cuenca vue de l’auberge BellaVista.
Un hot-dog pour se changer les idées.
La cathédrale de Cuenca, vue depuis le parc central.

C’est à ce moment que nous décidons de changer nos plans. Nous n’irons pas visiter Vilcabamba ni le parc Podocarpus. Nous allons essayer de rejoindre la côte et atteindre la frontière péruvienne de Huaquillas dès que possible.

Juan part négocier avec les compagnies pour nous emmener tous les quatre. Le départ est fixé à 6h le lendemain, de manière à passer pendant que tout le monde dort encore.

06/10: Faux départ

Réveil à 5h30. Nos sacs ont été préparés la veille, il ne nous reste plus qu’à partir. Nous recevons un coup de fil de la compagnie de transport : le chauffeur ne pense pas pouvoir passer les barrages et préfère donc annuler le voyage.

Nous prenons alors un taxi et nous rendons avec notre paquetage dans la « rue des transportistas », une avenue regroupant toutes les agences de transport privé de la ville. Peut-être qu’une autre agence voudra bien nous emmener.

On nous propose de nous emmener à Machala, la dernière grande ville équatorienne avant la frontière. Le trajet se ferait en 7h de voiture à travers les montagnes, et coûterait 50€ par personne, payable à l’avance et sans garantie de passer. Ça ne sent pas bon, nous préférons refuser la proposition. Il serait aussi possible de rejoindre Guayaquil, la plus importante ville d’Équateur. Mais cela nous éloignerai significativement de la frontière. Et la perspective de se retrouver coincés en ces temps troubles dans la ville au plus grand taux de criminalité du pays nous enchante guère.

Carte du Sud de l’Equateur.

Nous restons près des agences, au cas où certains barrages devaient être levés sur les routes vers Machala. Après plusieurs heures d’attente, on se résigne à retourner à l’auberge Bella Vista.

D’après les dernières nouvelles, les manifestations vont s’intensifier demain et une grande mobilisation nationale est prévue dans trois jours. Il ne nous sera pas possible de partir avant. Nous allons donc au marché pour acheter de quoi manger pour les jours à venir. Nous sommes un peu frustrés mais compatissant avec le peuple équatorien.

PJ vit un peu mal cet échec d’être coincé. Il lui faudra une bonne sieste et une séance de méditation pour se calmer.

Comme ça risque de durer, on liste les activités pour s’occuper les jours à venir : réviser notre espagnol, dessiner, lire, faire la cuisine, faire la sieste, discuter avec nos amis argentins, les propriétaires de l’auberge et leur Vénézuelienne en volontariat… Et surtout, se prévoir de sortir un peu tous les jours pour ne pas devenir fous.

07/10 : Le musée de la médecine

La tension monte entre les indigènes, le gouvernement et les militaires. Les manifestations continuent au centre ville. Quito est dans le chaos, le gouvernement a déménagé à Guayaquil.

Pendant ce temps-là au marché, les prix augmentent et les gens achètent des bouteilles de gaz. C’est la panique sur la spéculation des prix.

On reçoit une réponse de l’ambassade française. On leur avait demandé conseil pour sortir du pays. En réponse, l’ambassade demande les détails de nos identités pour recenser les ressortissants français en Équateur, nous recommande de ne pas bouger et… De les prévenir si l’on a quitté le pays.

Le matin, nous contactons le terminal de bus et les compagnies de transport. Tout est toujours bloqué. Notre seule possibilité de quitter le pays pour le moment serait de prendre un avion pour Lima, ce qui nous coûterait 800€… Nous attendons encore un peu avant de l’envisager sérieusement.

PJ va mieux aujourd’hui. Il décide d’accepter la situation telle qu’elle est et décide d’en faire une opportunité pour améliorer son Espagnol.

Dans l’après-midi on visite le musée de la médecine. Ce musée résulte du don d’un médecin local qui toute sa vie durant a cherché a collectionner les outils médicaux et effets personnels de ses confrères. On y trouve d’anciens appareils médicaux, de vieux médicaments et produits médicaux, des bureaux complets ayant appartenu à d’éminents docteurs équatoriens… Aussi, une série de fœtus à différents stades de gestation conservés dans du formol et le corps momifié d’une fille de 5 ans, posés comme ça dans une vitrine. Normal !

Alizée au milieu de reliques de la chirurgie orthodontique.
La cour intérieur du Musée de la médecine.

08/10 : Marche gourmande

Toujours pas de de sortie en vue. Maintenant c’est pour Alizée que l’attente devient longue et pesante. Heureusement, on se concocte une sortie gastronomique qui nous change les idées.

Tout d’abord, nous trouvons enfin une « bonne » boulangerie-pâtisserie dans ce pays. Nous y achetons de bons pains au sucre, brioches pudding-ananas, et un excellent gâteau marbré. On croit avoir devalisé le magasin, et pourtant le tout ne nous coûte que 3$.

On va ensuite à l’un des marchés couverts de la ville, « El 9 de octubre », où on achète quelques fruits et légumes. À l’étage, on se boit un jus de fruits frais et on goûte à l’un des nombreux stands où sont étalé des cochons grillés entiers. C’est bon !!!

Les jus du marché.
Session de limbo sous le cordon de la police.

Le soir, les propriétaires nous font déguster de l’aguardiente maison, une sorte de schnaps à base de canne à sucre. Ça réchauffe la gorge autant que le cœur.

On constate avec plaisir que notre Espagnol commence à être suffisant pour pouvoir participer aux discussions dans la cuisine de l’auberge, et même pour comprendre un film à la télé (sous-titré en Espagnol quand même, faut pas abuser).

09/10 : Sixième jour de blocage

Pas de changement à l’horizon, les routes restent bloquées. Le gouvernement ne cherche même plus à débloquer les routes, les indigènes les bloquent directement quelques kilomètres plus loin.

Ce matin, on se fait un bon petit brunch. Nous filons fissa à la boulangerie de la veille et on réalise un nouveau braquage : pains au chocolat, biscuits, gâteau au chocolat… Puis on retourne à l’auberge où on se prépare café, thé et omelette. On finit le ventre bien plein, on aura de quoi s’occuper à digérer tout ça.

Miam !

10/10 : Prisonniers

Septième jour de blocage. Toujours le même hôtel, dans la même ville, avec les mêmes personnes… Les jours se succèdent et se ressemblent à un point où nous commençons à avoir du mal à différencier les événements de la veille de ceux d’il y a trois jours. Est-ce à cela que ressemble la vie en prison ?

Il y a une semaine, nous avions repéré un « musée des squelettes », exhibant une collection d’animaux reconstitués tout en os. L’idée nous avais alors bien fait rire, mais maintenant nous envisageons sérieusement à visiter ce musée. Nous nous retrouvons malheureusement devant une porte fermée. Tous les lieux culturels de la ville sont clos jusqu’à résolution de la crise.

Le soir, le propriétaire nous fait part d’une rumeur comme quoi le chemin menant à Machala par la montagne serait de nouveau praticable, moyennant une « taxe de passage » au niveau des barrages indigènes. Il nous propose de demander à quelqu’un de sa famille s’il veut bien prendre sa voiture et nous emmener tous les quatre (le couple d’Argentins et nous) jusqu’à la frontière au Pérou. Selon lui, ce parent le ferait pour 200€ (le prix que nous sommes prêts à payer à nous quatre pour le même service dans une agence de transport privé). Finalement, le parent refuse.

Nous nous sentons de plus en plus coincés à Cuenca. La région où nous sommes fait parti d’une des plus bloquées du pays. Située au milieu de la Cordillère des Andes, Cuenca est entourée de montagnes dont les quelques passes sont facilement contrôlables par les indigènes.

PJ a la bonne idée d’intégrer des groupes privés sur Facebook de « Français en Équateur ». Dans une des conversations, il tombe par hasard sur un lien vers un groupe WhatsApp d’entraide pour sortir du pays. Et là, une française écrit qu’elle a réussit à prendre un bus qui part cette nuit de Guayaquil pour le Pérou. Apparemment, Guayaquil qui est sur la côte est moins enclavé que Quito et Cuenca.

Nous décidons donc de rejoindre Guayaquil si l’occasion se présente.

11/10 : La grande vadrouille

Nous nous levons le matin des questions plein la tête. L’immobilisme nous pèse. Nous partons à l’aéroport de Cuenca nous renseigner sur les vols possibles.

L’aéroport se trouve de l’autre côté de la ville par rapport à notre auberge, un peu après la gare routière. Nous allons donc d’abord nous renseigner sur d’éventuels déblocages des voies terrestre. Nous discutons avec les guichetiers de la possibilité de passer les barrages indigènes à pied. Tous nous le déconseillent fortement, certains nous rient au nez. Bref, on passe pour les touristes à côté de la plaque. En même temps, nous avons vu sur Facebook que beaucoup de gens l’ont tenté et ont réussi. Mais ces tentatives avaient eu lieu il y a 4 ou 5 jours, quand le mouvement de protestation était moins intense et bien moins organisé.

À l’aéroport, les compagnies aériennes et les agences de voyages sont prises d’assaut. Devant chaque bureau se profile une longue file d’attente. Au point d’enregistrement, on voit un avion en direction de Guayaquil qui décolle d’ici une heure. C’est trop tard pour espérer l’avoir, mais ça nous ouvre une nouvelle possibilité. Plutôt que de prendre un Cuenca-Lima avec une correspondance de 14h à Quito pour 800$, nous pourrions prendre un vol pour Guayaquil et ensuite prendre là-bas un bus pour le Pérou.

Les vols vers Guayaquil sont assurés uniquement par une compagnie locale et le vol est au coût fixe de 80$ par personne. Seul hic, tous les vols sont complets jusque mercredi, à savoir dans 5 jours…

Nous nous posons au café de l’aéroport pour faire le point. Alors que nous réfléchissons, nous recevons un message de Juan. Il a trouvé une compagnie de transport privé qui pourrait aller à Machala, mais il faut se rendre à l’agence de la compagnie immédiatement.

Ne faisant ni une ni deux, nous nous levons en laissant en plan nos cafés à moitié bus et nous nous mettons à courir jusqu’au premier taxi venu, direction l’auberge BellaVista. En arrivant à l’auberge, on croise Daniela et Juan déjà prêts avec leur sac, attendant un taxi pour aller à l’agence de transport privé. Nous montons fissa dans notre chambre en pagaille pour faire notre sac et redescendre. Les Argentins nous ont gentiment attendu avec un taxi.

Nous voilà de retour dans la rue des transports privés. Le taxi nous dépose devant l’agence qu’a repéré Juan. Là, des hommes nous sautent dessus en criant « Guayaquil ? Guayaquil ? » et « Machala ? Machala ? ». En un instant, on se fait embarquer tous les 4 dans un minivan, en compagnie de deux équatoriennes. PJ regarde sa montre et constate qu’à peine 30 minutes plus tôt, il buvait son café posé dans un canapé de l’aéroport à l’autre côté de la ville.

Avant de partir, le chauffeur nous demande chacun les 50$ de passage. Sauf que nous ne savons rien de cette agence et nous n’avons toujours aucune garantie que nous passerons les barrages. Du coup nous proposons au chauffeur de payer à l’arrivée. Il refuse. La moitié tout de suite, et l’autre moitié une fois arrivés ? Il refuse aussi. Cela signifie qu’à la moindre difficulté, au moindre barrage, il peut faire demi-tour, voire nous laisser en plan en empochant dans tous les cas son pactole. Le plan nous paraît bien moins sûr tout d’un coup. Nous préférons sortir du minivan, un peu déçus mais assez sûrs d’avoir pris la bonne décision.

La plupart des autres agences sont fermées et les quelques ouvertes nous disent que le passage n’est pas possible. Les deux Argentins, résignés, suggèrent de rentrer à l’auberge. Nous insistons pour refaire un dernier tour de la rue.

Nous passons alors devant une agence au fond d’une cour à l’enseigne à moitié effacée, sur laquelle on devine le mot « Guayaquil ». Nous n’y croyons pas trop mais allons quand même voir. Et là, miracle, l’agente répond qu’elle a bien un taxi qui serait prêt à nous amener à Guayaquil pour 150$. De plus, c’est d’accord pour que l’on paye la moitié au départ et l’autre moitié à l’arrivée. Et en cas de blocage, on n’aura à payer que le carburant du retour. Mais si nous passons, il y en a pour 7h de route dans les montagnes, dans une voiture pas très adaptée, et passant par Chaucha, un village indigène où on nous demandera certainement une « taxe de passage ». Nous acceptons.

Le taxi arrive et nous embarquons tous les quatre. La banquette arrière est très cosy mais vu la situation nous ne faisons pas les fines bouches. Au bout que 20 minutes de route, nous rencontrons notre premier barrage. Impossible de passer, le chauffeur fait demi-tour et essaie un autre chemin, le seul autre chemin. C’est là qu’à lieu le second miracle : le chemin est ouvert, le barrage supposé être sur cette route a été levé.

Un barrage routier d’indigènes.

Nous poursuivons notre route. Le paysage qui défile devant nous est fantastique et nous arrivons à en profiter malgré notre anxiété. Nous passons tout d’abord dans une forêt d’eucalyptus, dont la douce odeur s’immisce dans l’habitacle. Peu après, nous évoluons dans une vallée aux versants abrupts. Au début des pentes, on peut voir des étendues d’herbes accidentés par de gros blocs de pierre qui semblent avoir été déposés là par hasard. Ceux-ci ont du se décrocher des crêtes et rouler jusqu’ici. Cela ne nous rassure guère, mais n’a pas l’air d’inquiéter les vaches qui paissent ici.

On dirait l’Écosse.

La route bitumée laisse place à un chemin de terre que Google Maps ne semble pas avoir pris la peine de répertorier. Nous passons un poste de contrôle marquant l’entrée du parc national des Cajas. À partir de là, la route commence à monter, monter… Le paysage devient plus sec, le chemin plus poussiéreux. Nous croisons de nombreux camions transportant cochons et poulets. Chaque croisement est précédé par la pensée « jamais ça va passer » et est suivi d’un nuage de poussière nuisant à la visibilité ainsi que d’une petite odeur de ferme. Ces camions viennent tous de Guayaquil, ce qui est de bonne augure pour nous.

Nous montons jusque dans les nuages, à 4000 mètres d’altitude. Là haut, nous longeons certaines des nombreux lacs d’altitude que compte le parc Cajas. Celles-ci marquent le col à passer avant d’entreprendre la descente sur les abords d’une longue vallée dont l’embouchure s’ouvre sur les plaines côtières. Mais avant d’en arriver là, il nous faut encore passer le barrage indigène de Chaucha…

Le paysage type du parc Cajas
Les rives d’une des lacs d’altitude.
Des « arbre de papier » poussent le long du chemin. Ils s’appellent ainsi car leur écorce se décompose en multiple couches fines, qui leur permet de résister au climat de haute altitude.

Les rares panneaux de signalisation nous indiquent que nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de Chaucha. Nous appréhendons le comportement qu’auront les indigènes en nous voyant, quatre touristes cherchant à forcer le passage qu’ils ont bloqué pour exprimer leurs revendications sociales. D’autant qu’avec Daniela, nous sommes trois blonds sur la banquette arrière. Et comme dit l’expression équatorienne : « rubios tienen dinero ». La taxe de passage risque de faire mal.

On traverse Chaucha. À un moment, notre chauffeur nous dit « le barrage devrait être à ce niveau ». Mais non, on ne croise personne. Troisième miracle ! À compter de ce moment, on peut enfin souffler. Plus rien ne devrait entraver notre arrivée sur la côte.

En dessous de 1000m d’altitude, les montagnes sèches laissent place à une végétation tropicale et humide, une forêt de nuage similaire à celle de Mindo.

Dans la forêt de nuages.

La nuit tombe enfin et on atteint la grande route côtière qui nous mène à Guayaquil. On arrive à la gare routière vers 21h. Le trajet aura duré 7h. Quelle chance !

Nous nous rendons directement au guichet de la compagnie transfrontalière. Des bus circulent ! Nous prenons le prochain, départ à 23h30.

12/10

Le trajet Guayaquil-Cuenca se fait sans encombre, la voie est libre. Nous atteignons la frontière vers 3 ou 4h du matin.

LIBERTÉ. SOULAGEMENT.

À la douane, nous essayons de négocier autorisation de 4 mois sur le territoire péruvien, mais la douanière nous indique avec regret que la durée maximale de séjour pour les ressortissants européens est de 90 jours. Ce n’est pas grave, nous nous en contenterons. Nous sommes déjà tellement contents de pouvoir passer la frontière. De plus, cela reste généreux par rapport à nos amis argentins qui n’ont eu droit qu’à 30 jours, ou au Colombien qui nous accompagne dans le bus et qui devra quitter le territoire dans les 15 jours.

Nous descendons du bus à Máncora, il est 5h45 du matin, nous avons passé une nuit blanche.

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