16/09 : Welcome to the jungle
Un trajet interminable
De retour la veille de Mindo, il nous a fallu attendre à Quito jusque 23h le bus de nuit pour Lago Agrio. Et les bus de nuit, ça n’a rien de reposant. Ça nous rappelle un peu les interminables trajets de voyage scolaire.
À l’issue de notre petite nuit, on arrive à Nueva Loja vers 6h30. Nueva Loja est la capitale de la province de Lago Agrio. C’est une ville sans charme, aux constructions en briques brutes (pas une façade n’a de crépi). Fondée dans les années 60 comme quartier général pour les exploitations pétrolières de l’Amazonie, les origines de Nueva Loja résonnent fortement avec les récentes actualités. Avant, toute cette étendue bétonnée était une parcelle sauvage de la forêt amazonienne.
Le bus nous dépose dans un restaurant de la ville où nous prenons un petit-déjeuner. C’est ici aussi que nous attendons le bus qui doit nous emmener dans la réserve amazonienne de Cuyabeno… Qui ne partira qu’à 10h. On se croit alors partis, mais il nous faut encore attendre à l’aéroport de la ville l’arrivée de l’avion en provenance de Quito. Pour sûr, ceux qu’on récupère de l’avion ont l’air bien plus frais que nous. On prend enfin la route vers 11h.
Sur la route, il est impossible de deviner notre destination. Le paysage n’est fait que de plaines d’herbes avec quelquefois une vache qui y broute. Vers 13h enfin, le bus nous dépose à l’orée de la forêt sur les berges du Rio Cuyabeno, unique point d’entrée de la réserve du même nom. Nous sommes accueillis par le chant très musical et intriguant d’oiseaux noirs à la queue jaune.
Après manger, on part en pirogue motorisée en aval de la rivière, direction la lodge (nom donné aux hôtels de la réserve). La rivière est apparemment en crue de 3m suite à de récentes pluies. On circule dans un couloir d’environ 25m entre les arbres, mais l’eau semble s’étendre indéfiniment dans la forêt. Nous rencontrons déjà de nombreux animaux sur le chemin : un anaconda, des oiseaux et cinq espèces différentes de singes, en particulier des « furry monkey » nommés ainsi pour leur grosse fourrure. Il est difficile de trouver soi-même les animaux dans les arbres, mais notre guide Aby et ses 2 acolytes ont l’œil bien aiguisé.



Le lit de la rivière forme de nombreux zigzags. Et grâce à la crue, il nous est possible de prendre des « raccourci » en coupant certains méandres. Au bout de trois heures, la rivière s’ouvre sur une immense lagune. C’est vraiment impressionnant. De là, la lodge n’est plus qu’à 30 minutes en empruntant la suite de la rivière.
Nicky Lodge
On arrive à Nicky Lodge vers 18h. La lodge se construit autour d’un chemin carré en bois suspendu, desservant une grande hutte avec un réfectoire et les différentes chambres-huttes, toutes sur pilotis.


Avant de découvrir notre chambre, on nous fait un petit topo de bienvenue avec quelques conseils de sécurité. C’est à ce moment que l’on commence à démonter tous nos a priori sur l’Amazonie. Tout d’abord, on apprend que la zone n’est pas touchée par le paludisme. Plus étonnant, les anti-moustiques ne sont pas nécessaires dans l’enceinte de la lodge, ni lors des balades le long de la rivière car l’eau n’y est pas stagnante et est trop acide pour le développement des larves de moustique. Il paraît même que la rivière est « sûre » pour la baignade, malgré ses serpents et piranhas. D’après notre guide, ces bêtes ont déjà suffisamment à manger pour ne pas s’attaquer à nous.
Après le petit pot de bienvenue, on nous amène à notre chambre. Située dans une demi-hutte, la chambre est de type familiale avec un lit double équipé d’une moustiquaire et trois lits simples. Il n’y a pas vraiment de murs vers l’extérieur, seulement une moustiquaire montant jusqu’à 2 mètres, puis une ouverture directe vers l’extérieur sur 1 mètre avant d’atteindre le toit en feuilles de palmier. Cela laisse la chambre ouverte à toute sorte de petits visiteurs : cafards, papillons de nuits, grenouilles, araignées. Il est apparemment courant de trouver une tarentule et rien n’empêcherait un serpent de passer. Notre guide a bien insisté sur le fait qu’aucune de ces bêtes ne sont dangereuses pour l’homme, qu’on peut appeler le staff à tout moment pour nous débarrasser d’une bébête et que la moustiquaire du lit nous protège la nuit. Aussi, il vaut mieux secouer ses habits qui traînent avant de les enfiler et toujours éclairer là où on marche la nuit.
À l’arrière de la chambre, une petite cloison sépare la salle de bain du reste de l’habitation. Celle-ci est équipée de toilettes et d’une douche, toutes alimentées par l’eau de la rivière.

19h : Balade nocturne dans la forêt
Alors que la nuit viens de tomber, nous pénétrons dans la forêt jouxtant la lodge pour une balade d’une petite heure. Nous nous équipons d’habits à manches longues, anti-moustique et bottes en plastique car le sol est vraiment boueux. Lors de notre petite balade, nous rencontrons cigales et sauterelles, diverses araignées, quelques grenouille dont une grande qui nous fait une jolie pause.


Une fois la balade finie, un bon repas nous attend dans le réfectoire. On nous donne quelques explications sur les activités du lendemain matin et on va (enfin) se coucher. Nous sommes tellement fatigués que l’on ne s’inquiète même pas des éventuels visiteurs nocturnes.
17/09 : Première journée
Après un bon petit-déjeuner, on part pour une balade de 3 heures en pirogue sur les affluents du Cuyabeno, à la recherche d’animaux. On rencontre quelques singes, deux tortues que l’on aperçoit au loin avant qu’elles ne plongent se cacher, et divers oiseaux dont on peut admirer les couleurs et les chants : toucans, vautours, hérons. Sur le chemin du retour, en passant devant le village d’une des communautés indigènes de la réserve, trois enfants nous font signes. Ils rentrent de l’école et ont raté le bateau-bus scolaire. On les prend donc en stop et les ramenons dans leur village plus en aval.
La seconde activité ne commence qu’à 16h. Cela nous laisse le temps de faire une petite sieste après le repas. Il s’agit d’une balade à pied pendant laquelle Aby nous fait découvrir d’intrigantes espèces peuplant la forêt.

Des fourmis vegans, récoltant des feuilles pour nourrir un champignon géant qu’elles élèvent pour s’en nourrir :
(vidéo à venir)





À 19h, on retourne pour une seconde marche de nuit. Mais cette fois-ci, on se contente de se balader à l’orée de la forêt qui entoure la lodge, à quelques mètres seulement des huttes. Pour autant, on croise de surprenantes bêtes.





Vers 22h, l’électricité se coupe. Il est temps de se coucher. De notre lit, on peut apercevoir une luciole qui scintille, seule étoile dans le ciel de notre chambre. On s’endort sous le bruit des grillons et le chant des grenouilles.
18/09 : La réserve de Cuyabeno, ses animaux lève-tôt, ses peuples et ses couchers de soleils
Nous nous levons à l’aube pour aller observer les animaux, plus actifs tôt le matin lorsqu’il fait encore frais. Alors que l’on navigue sur la rivière, on tombe sur un groupe de palmiers envahi d’Oropendolas, les mêmes oiseaux noirs à queue jaune que nous avions rencontré lors de notre arrivée dans la réserve. « Oro » pour la couleur de leur queue, et « Pendola » parce qu’ils construisent des nids en forme de pendule suspendus aux arbres. Leurs chants multiples nous fascine. Tantôt on dirait que quelqu’un s’amuse avec un petit jouet gonflant à sifflet pour bébé, tantôt on croit reconnaître le bruit d’une goutte d’eau s’écrasant dans une caverne.

À 9h30 nous partons en pirogue (oui, en fait c’est le seul moyen de transport) visiter un village d’indigène de 35 personnes. Ils vivent là, au milieu de la jungle, dans des cabanes sur pilotis à 2 mètres du sol. La distance entre le sol humide et le plancher permet au bois de ne pas moisir et éviter la prolifération d’insectes dans la maison. Les toits sont en feuilles de palmier ou en tôle. Dans chaque maison, il y a des ouvertures qui font office de porte ou de fenêtre. À l’intérieur, une unique grande pièce.
La vie de ces personnes est surprenante pour nous qui sommes noyés dans le monde moderne. À part une famille qui a un générateur, il n’y a pas d’électricité. Pas de télévision, pas de réfrigérateur. Si quelqu’un pêche ou chasse un gros animal, il le partage avec toute la communauté. S’il y en a trop, on fait sécher ou fumer la viande pour la conserver. Dans la jungle, tout pourrit très vite alors tout doit être rapidement mangé.
Si quelqu’un est malade, il va d’abord essayer de se soigner grâce aux plantes que procure la forêt. Si le mal persiste, il va voir un chaman, un personnage spirituel qui détient un plus grand savoir sur les plantes médicinales. Et si le chaman ne peut pas le guérir, alors seulement il fait appel à un docteur de médecine traditionnelle.
La plupart des enfant naissent dans la communauté. Ils vont à l’école en bateau dans un village voisin. Certains font des études mais beaucoup rentrent vivre dans la communauté car pour eux la vie en ville est trop différente, trop stressante. La quiétude et l’abondance que leur procure la jungle leur manque.
Une femme de 80 ans, mama Ohora, la machette à la main, nous fait un petit tour de la communauté. Ici, on cultive naturellement. Nous autre on appellerait ça de la permaculture. Il y a de quoi subvenir à ses besoin, du manioc (yuca), des bananes, des ananas, des poules, des fruits de palmiers, des papayes, des plantes médicinales et aromatiques… Et à cela s’ajoutent les fruits de la chasse et de la pêche.



Elle est belle cette Mama Ohora. Pour une arrière-arrière-arrière-grand-mère, elle a encore les cheveux noir (grâce au henné qu’elle concocte pour se laver les cheveux). Elle ne porte pas de lunettes, elle gambade entre les palmiers et elle cuisine le manioc plus vigoureusement que nous.
Nous préparons un pain au manioc, récolté juste à côté de la maison. Dans la cuisine, un grand recipient en bois, une râpe faite d’un plateau en inox troué à la main, deux bassines, quelques objets tissés servant de tapis ou d’essoreuse et une cuisinière faite d’un feu de bois et d’un plateau en terre cuite dessus.


Cette immersion dans une communauté indigène d’aujourd’hui fut une expérience géniale.
Laguna Grande by night
Le soir, nous repartons en bateau. Direction le lagon, une grande étendue d’eau survenant en plein milieu de la rivière que l’on avait aperçu en arrivant. Les dimensions de cette lagune sont impressionnantes : environ un kilomètre de large et deux kilomètres de long. Mais le plus frappant c’est sa végétation : des arbres à moitié immergés s’érigent au milieu de l’eau, comme si une forêt avait été noyée. En réalité, pendant la saison sèche, une partie de la lagune est asséchée pendant un ou deux mois. Et pendant cette période, certains arbres arrivent à se développer avant de se retrouver sous l’eau le reste de l’année.

On aperçoit nos premiers dauphins rose. Enfin, « apercevoir » c’est un grand mot, ce qu’on voit surtout ce sont des points où l’eau calme est perturbée par un rapide passage à la surface de la bête.
C’est le coucher du soleil, on en profite pour se baigner dans ce décors magnifique (en tout cas les moins rétissants d’entre nous, c’est pas comme si les eaux troubles cachaient des poissons parasites, des serpents, des caïmans de 4 mètres de long, des piranhas…). Les locaux racontent qu’il ne faut pas uriner dans l’eau sinon des petits poissons parasite remontent le courant chaud de l’urine pour se loger dans l’urètre. On en connait une qui a tenté l’expérience (par inadvertance, bien sûr!) et contesté le mythe…




À peine le soleil est-il couché que l’on remonte dans les pirogues et on part à la recherche de bêtes sauvages à la lampe torche. Et à quelques centaines de mètres de notre lieu de baignade, on rencontre un serpent et deux caïmans. Et en naviguant pour rentrer à la lodge, on tombe sur un magnifique paresseux en train de se mouvoir dans les arbres.
19/09 : Balade autour de la Laguna Grande
Aujourd’hui, nous partons pour une grande excursion sur la Laguna Grande. Celle-ci commence par une désormais classique, navigation sur la rivière, qui est toujours l’occasion de découvrir un nouvel animal par hasard.

Une fois arrivés à la lagune, notre chauffeur Elias nous dépose sur l’une des rives. De là, nous sommes partis pour une nouvelle incursion dans la forêt. Pendant la balade, Mama Ohora marche devant nous, sa machette à la main, à gratter le sol et les arbres. Elle s’arrête au gré des plantes pour partager avec nous ses connaissance et son savoir-faire. Elle nous dégote tout d’abord l’écorce d’un arbre utilisable comme encens et, avec la feuille d’un arbuste voisin, nous confectionne une bougie. Plus loin, avec une grosse feuille de palmier et une liane, elle nous fabrique un panier dorsal digne de la fashion week. Elle nous décrit également les vertus médicinales de plusieurs plantes : une écorce utilisée pour les rituels ayahuasca (potion hallucinogène utilisée entre autres par les shamans pour se connecter à la forêt), une autre pour guérir de la malaria, une autre encore pour concocter du poison pour la chasse. Certaines plantes sont utilisées comme contraceptif, d’autres comme anti-douleur… Pour son peuple, comme pour nous, cette forêt est salutaire.


Après un petit repas pris au bord de l’eau, on ré-embarque sur le bateau qui nous emmène au milieu de la lagune pour re-faire un petit plouf dans l’eau. Cette fois, même pas peur, on saute sans réfléchir.

Avant de retourner à l’hôtel, on débarque une dernière fois, cette fois sur l’extrême rive nord de la lagune. De là, après une centaine de mètres sur un sentier, on rencontre… Un petit monument délimitant la ligne équatoriale. Eh oui, elle passe aussi au milieu de la forêt. C’est l’occasion pour nous de nouveau nous amuser à traverser cette ligne imaginaire.


De retour à la lodge, nous avons encore fait la rencontre de nouvelles petite bébêtes :




C’est notre dernière nuit à Nicky Lodge. Quand l’électricité se coupe, on s’essaye à des photos nocturnes du ciel avec ouverture longue. Voici nos meilleures prises :



20/09 : Retour à la civilisation
Toutes les bonnes choses ont une fin, et notre séjour en Amazonie n’échappe pas à la règle. Avant de partir, Aby nous a prévu une dernière croisière à l’aube pour nous amener à un grand arbre percé où de nombreux oiseaux dont de belles perruches vertes viennent se délecter de sa sève.

Puis, vers 10h arrive le temps du départ. C’est le moment de faire nos adieux au personnel de la loge ainsi qu’à Aby, qui reste s’occuper des nouveaux arrivants. Ce sera Diego, un autre guide, qui nous ramènera au point d’entrée de la forêt. Sur les 2h30 du trajet du retour, nous avons l’occasion de recroiser une famille de singes, ainsi que deux dauphins roses. PJ est très fier d’être le premier à avoir détecté le second dauphin. Lors de ces rencontres, nous avons l’opportunité de mieux deviner les formes de l’animal, et avons même eu droit à un jet d’eau depuis son auvent.
Une fois arrivés à l’entrée de la réserve, on grimpe dans le bus de Lago Agrio, puis dans celui pour Quito. Fort heureusement, celui-ci n’est pas de nuit, bien qu’il n’arrivera à destination qu’à 22h. Sur le trajet, peu avant la tombée de la nuit, le bus passe à côté du volcan Reventador actuellement en éruption. Le chauffeur s’arrête quelques minutes pour nous laisser observer le spectacle, avant de reprendre la route.
21/09 : Repos à Quito
Très fatigués de notre séjour et pris d’une grande nostalgie de l’Amazonie, on décide de profiter de cette journée pour faire… À peu près rien, si ce n’est peut être laver notre linge. On prévoit tout de même de quitter Quito le lendemain, direction le sud du pays.
Le tourisme amazonien, est-ce vraiment éthique ?
À l’heure où la protection de cette forêt fait la une des journaux, cette question paraît tout à fait légitime. On s’était déjà posé cette question lorsque nous envisagions d’aller aux îles Galápagos, où la faune locale souffre déjà énormément du tourisme de masse. Cela nous avait décidé de ne pas y aller (ça, et le fait que 5 jours sur l’archipel nous aurait revenu pour autant qu’un mois et demi sur le continent).
Mais revenons à nos moutons. Lorsqu’on a organisé notre séjour en Amazonie, nous avons découvert deux concepts touristiques allant souvent de paire : l’éco-tourisme et le tourisme communautaire.
L’éco-tourisme
Il s’agit d’un tourisme mettant en valeur un patrimoine naturel tout en le respectant et le préservant.
Et en effet, nous avons bien profité des beautés de l’Amazonie grâce au professionnalisme de notre guide Aby et de notre chauffeur Elias. Pour autant, les animaux que nous avons pu observer étaient toujours en totale liberté, sans maltraitance ou incitation humaine pour satisfaire les touristes. Les seules exceptions que nous avons observé furent :
– les légers sifflements émis par les guides pour imiter le cri des oiseaux ou des singes, essentiellement pour les inciter à répondre (mais la technique ne semblait pas très efficace)
– le fruit utilisé pour attirer la tayra à proximité de la lodge. Cependant, nous pensons que ce geste était plutôt u acte de sympathie des cuisiniers pour la bête qui rôdait depuis plusieurs jours autour de la lodge, et non un show pour touristes. En effet, le fruit utilisé était un reste du petit-déjeuner qui avait été déposé le matin et la tayra n’est venue qu’en fin d’après-midi. Or elle aurait aussi très bien pu venir entre 10h et 18h, alors que tous les touristes étaient partis à leurs activités loin de la lodge.
L’organisation de Nicky Lodge se veut également aussi respectueuse de la nature que possible.
Les lodges sont faites essentiellement de bois et et feuilles de palmiers. Cependant tous les matériaux sont importés, car il est interdit d’exploiter les ressources de la réserve. Et le bois était vernis, pour éviter qu’il pourrisse.
L’électricité du site, provenant de panneaux solaires, n’était disponible que de 7h à 10h et de 18h à 22h. Cependant, PJ soupçonne qu’il y avait également un groupe électrogène d’appoint.
L’eau provenait de la rivière et était rejetée dans la nature (pas de tout-à-l’égout dans la forêt). C’est pourquoi il nous était demandé de n’utiliser que des produits biodégradable pour les douches. Du savon respectant cette condition étaient mis à disposition, mais pas sûr que ce fut le cas de notre dentifrice. Papiers toilettes et serviettes higiéniques étaient à jeter à la poubelle.
Pour les poubelles justement, le tri sélectif était de mise entre ordures, déchets recyclables et déchets organique. Les poubelles étaient ensuite ramenées hors de la réserve en canot à moteur.
Les canots à moteur fonctionnaient évidemment à l’énergie thermique. C’était sans doute la pollution la plus évidente, surtout que tout était véhiculé par eux : touristes, personnel, denrées (se nourrir des produits de la forêt n’étant pas possible vu que ce serait une exploitation de ressource), déchets, matériel de construction… De plus, nous doutons que le bruit du moteur à grande vitesse ne perturbe pas la faune locale. Nous-mêmes les entendions depuis la lodge, y compris en pleine nuit.
Enfin, l’exploitation touristique de la réserve Cuyabeno se présente comme une alternative à l’exploitation pétrolière, qui reste la première source de revenu du pays.
Tourisme communautaire
C’est un tourisme qui s’appuie sur les communautés locales pour son fonctionnement, créant ainsi une activité professionnelle pour la population tout en respectant ses coutumes.
Ceci est très important pour les quatre communautés indigènes du parc Cuyabeno. Certes, celles-ci ne vivent plus en autarcie depuis bien quelques décennies. Mais l’activité touristique leur procure un métier leur permettant de rester vivre durablement dans la forêt. Environ 85% des des indigènes de la réserve travaillent dans le tourisme : cuisiniers, hôtellerie, guides, secours, chauffeurs de pirogue… D’ailleurs, toutes les pirogues de la réserve appartiennent aux communautés qui louent leur service aux lodges. De plus, les communautés sont aussi les propriétaires fonciers de la forêt. Les terrains sur lequel sont construit les lodges sont loués aux agences de tourisme gérant les lodges pour des baux de 10-20 ans environ. Nicky Lodge par exemple était initialement situé à un autre lieu et fut déplacé à l’issue de son premier bail.
Pour les agences, c’est aussi l’opportunité de faire découvrir au touristes la vie des indigènes d’aujourd’hui en toute sincérité. Nicky Lodge par exemple travaille étroitement avec la communauté Secoya, comptant notamment sur Mama Ohora pour les découvertes culturelles. C’était d’ailleurs touchant de voir la relation « Mami gâteau » que Mama Ohora entretenait avec nos guides.
L’une des activités classiques en Amazonie que nous n’avons PAS fait est la visite d’un chaman. Nicky Lodge ne propose pas de telle activité. D’une part parce que la communauté Secoya ne possède pas de chaman, d’autre part parce que les seuls chamans acceptant la visite de touristes sont de « mauvais chamans », faisant essentiellement leur show par appât du gain.
Pour les indigènes, le tourisme est aussi un bon moyen de faire barrage aux compagnies pétrolière, proposant elles aussi du travail, mais moins durablement et ignorant totalement les coutumes des populations locales.
En conclusion…
En résumé, l’éco-tourisme et le tourisme communautaire pratiqués par Nicky Lodge paraissaient sincères et plutôt concrets. Il n’en est apparemment pas de même dans toutes les autres lodges de la réserve. Certains ont des bâtiments stylisés en matériaux modernes avec des chambres hermétiquement fermées, aux fenêtres vitrées et climatisés (avec quelle énergie ?). D’autres proposent aussi volontiers des « shows » indigènes peu authentiques ou des visites chez les-dits mauvais chamans.
Dans la globalité cette forme de tourisme à l’air d’être respectueuse (on ne connaît pas tous les détails), bien que, selon Alizée, les touristes devraient être prêt à sacrifier un peu plus de leur confort pour réduire au minimum les allés et venues en bâteau et d’autres dépenses inutiles (lodges moins confortables, moins spacieuses, utilisation de l’eau réglementée, pas ou peu d’acces à l’énergie électrique…etc.). Seulement, cela réduirait le nombre de touriste et l’activité qui en découle.
Superbe article, c est comme si on y était !
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Pas de moustiques ? J’ai comme un doute. Sympa pour voir et entendre des animaux sauf les serpents.
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On nous a garanti que si on se faisait mordre, on pouvait nous rapatrier à l’hôpital le plus proche en 3 heures.
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