18/01 (suite) : Bienvenidos en Chile
Les contrôles à la frontière chilienne sont plus strictes. Tout produit végétal ou animal est saisi pour raison sanitaire. Plus d’un y perd son goûter. Nous devons tous ouvrir nos sacs pour une fouille. Heureusement, ils ne trouvent pas notre grande feuille d’aloe vera, notre sachet de coca et notre réserve de poivre.
Une fois le contrôle terminé, notre bus dévale la longue descente du plateau altiplanique. Nous arrivons à San Pedro de Atacama, un grand village très touristique, une oasis dans le désert d’Atacama à 2000m d’altitude. Il fait entre 25 et 30 degrés en journée. Nous nous sentons comme deux vigognes habitués à la rudesse de l’Altiplano et qui se retrouvent en basse altitude.

La Casa de los Músicos
Nous déposons nos sacs à « La Casa de los Músicos », une auberge tenue par Brigitte et Miguel, un couple franco-chilien très attachant qui vivent en compagnie de leurs 3 chats, Pascal Blaise, Pito et Pita. Parfois, les chats nous rendent visite dans les chambres.
Ici, il règne une ambiance joviale très agréable à toute heure de la journée. Les hôtes jouent de la musique sous les guirlandes lumineuses de la cour alors qu’une douce odeur de cannabis flotte dans l’air. Nous rencontrons Ivon, un accordéoniste amateur qui, après avoir revendu son élevage de papillon en France, est parti faire le tour du monde. Tantôt en moto, tantôt en bateau. Il est sur les routes depuis 7 ans.
Le centre de San Pedro de Atacama
Nous nous rendons en ville en quête d’un restaurant. San Pedro est essentiellement une destination touristique, pleine d’agences de tourismes, de restaurants, bars et magasins de souvenirs. Pourtant, nous nous rendons vraiment compte que nous sommes dans un autre pays.
Tout d’abord, les façades des commerces paraissent plus ordonnés et mieux finis que tout ceux qu’on a pu voir avant dans notre voyage. De plus, dans la rue, nous croisons que des touristes, très cosmopolites et « à la cool ». On se croirait dans un tout petit Barcelone en plein désert, ou à Ibiza (l’ambiance « grosse teuf » en moins). Le centre n’exprime aucun héritage indigène, aucune expression de traditions locales comme on en a vu partout jusqu’ici. On croirait une station balnéaire en Europe, mais en plein milieu du désert. Cela est sûrement en partie à la faible population indigène subsistant au Chili (seulement 11%).

Tout de suite, le folklore et l’agitation du Pérou, de la Bolivie et de l’Équateur nous manque un peu. Alizée cherche encore les « Aji de gallina » sur les menus au restaurant.
La deuxième chose qui change, c’est le budget. Le coût de la vie au Chili est bien plus élevé, presque autant qu’en Europe. Un choc pour les porte-monnaies. Aors qu’un repas ne coûtait que 4€ en Bolivie ou au Pérou, il coûte maintenant 3 fois plus cher au Chili.
En fin d’après-midi, le soleil désertique laisse place à une courte tempête. On a droit à la totale : orage, vents violents soulevant le sable qui lacère toute peau non-couverte, pluie presque grêleuse… Mais le calme revient une heure après et presque tout sèche avant la tombée de la nuit. Seules quelques flaques d’eau subsistent. Ici, on appelle cela l’hiver bolivien. Il s’agit de pluies de l’altiplano voisin qui débordent sur le désert en janvier-février, systématiquement en fin d’après-midi.

19/01 : Le musée des météorites
Journée tranquille à San Pedro. Nous visitons le musée des météorites. Certains déserts autour de San Pedro font partis des plus sec du monde (difficile à croire vu la saucée de la veille). L’eau étant un catalyseur pour la dégradation des météorites, on trouve à Atacama des météorites extrêmement bien conservées. Le musée est le résultat d’une collection de météorites récoltées dans le désert par des passionnés locaux.
Les météorites nous renseignent sur les formations du système solaire et sur la naissance de notre belle planète. Certaines ont la même composition ferrique que le centre de la terre. Comme pour les planètes, la force gravitationnelle s’appliquant aux météorites crée une décantation spatiale : les morceaux les plus denses (fortement chargés en fer), se retrouvent au centre de l’objet céleste tandis que les plus légers restent à la surface. Aussi, certaines météorites sont carbonés et contiennent quelques acides aminés que l’on retrouve également dans l’ADN, la base de toute vie sur terre.

20/01 : La vallée de Mars
Nous sommes sensés récupérer une voiture de location vers 12h pour visiter les alentours. Mais comme le véhicule que nous étions sensés recevoir a été accidenté la veille, nous attendons jusqu’à 15h pour obtenir le véhicule de rechange. Nous repartons avec une Ford EcoSport, un SUV, véhicule adapté pour la plupart chemins de terres des environs (mais certains ne sont praticables qu’en 4×4).
Nous partons visiter la Vallée de Mars. Cette vallée fut nommée ainsi pour son paysage désertique de falaises friables et de sable rouge.


Le soir, nous faisons du camping sauvage à 3000m d’altitude (pas trop haut, depuis le Cotopaxi nous savons qu’il fait froid la nuit en altitude). Nous montons la tente sous la pluie et dînons à l’intérieur.


Dans la nuit, nous sommes réveillés par un animal venu manger les restes d’une boîte de thon que nous avions laissée à l’extérieur. Sûrement une horde de loup affamés, un vélociraptor… Ou juste un renard qui passe par là. Alizée n’ose pas aller voir, PJ se rendort.
21/01 : Atacama Road Trip (1/2)
Les Geysers de Tatio
Nous nous levons à 5h du matin pour monter aux geysers du Tatio. Dans le ciel, la voie lactée et les étoiles sont plus brillantes que jamais. Vite, nous rangeons nos affaires et démontons la tente dans le noir. À 5h30, nous sommes partis pour la dernière heure de route jusqu’au Tatio.
Malheureusement, à l’entrée du parc, les rangers nous arrêtent et nous informe que le site est fermé. Le sol est devenu spongieux à cause des pluies récentes. Beaucoup d’autres points touristiques alentours sont impactés par la pluie.

Il nous est impossible de voir les geysers, et il nous reste plus qu’à rentrer à San Pedro. Sur le chemin du retour, nous croisons plusieurs vigognes et lamas peu timides qui se laissent photographiés.



La vallée de la Lune
Nous avions mis une annonce sur Facebook pour partager la location de la voiture. Nous avions eu une réponse d’Ina, une Allemande, que nous récupérons à San Pedro de Atacama vers 10h30. Puis, nous partons tout les 3 explorer la région à bord de notre bolide.
Nous commençons par la Vallée de la Lune, une autre singularité géologique bordant San Pedro de Atacama. Comme son nom l’indique, on a l’impression d’être sur la Lune.



Yerbas Buenas et la Vallée Arcoiris
L’après-midi, nous nous rendons à Yerbas Buenas, deux grands ensembles rocheux situés au milieu d’une zone désertique plutôt plane sur lesquels on peut observer des pétroglyphes, des dessins taillés dans la pierre par différents peuples au cours des siècles.


Enfin, nous prenons la direction de la Vallée Arcoiris (arc-en-ciel). Pour cela, il nous faut emprunter un chemin qui secoue bien et passer plusieurs rivières à gué. Mais cela vaut le détour : la vallée Arcoiris est la plus belle découverte de la journée. Le chemin débouche sur une vallée plate d’une centaine de mètre, cernée par deux petites chaînes de montagnes arborant de multiples strates de couleur : on passe du violet à l’ocre en passant par le rouge, avec du gris et parfois de soudaines couches de vert.





Nous serions bien restés dans ce paysage magique plus longtemps, mais un orage en approche lâche ses premières gouttes de pluie et nous craignons une subite montée des rivières qui ne nous permettrait pas de repasser les gués.
Soirée braisée
En raison de la pluie, nous préférons chercher un vrai camping plutôt que de camper sauvagement. Comme cela en cas de forte pluie, nous pourrons nous abriter. Nous trouvons un camping fort sympathique au Sud de San Pedro, aux abords du Salar d’Atacama. Coup de chance, au sud de San Pedro il ne pleut pas ! Ni une ni deux, nous lançons un feu pour faire des pommes de terre braisées. PJ est aux anges en préparant les patates. Nous expérimentons une petite variante en emballant quelques lamelles de poivron rouge avec du Philadelphia dans du papier aluminium. C’est un délice, Alizée a du mal à partager.


Mais qu’est-ce qu’Ina doit bien penser de ces deux énergumènes tout contents d’avoir fait un feu ? En tout cas elle ne s’est pas enfuite jusqu’ici et nous passons une soirée bien conviviale ensemble. Notre Allemand est plutôt rouillé, mais heureusement Ina maîtrise très bien le Français.
Nous passons une bonne nuit de 9h de sommeil avant de repartir pour une longue journée de route.
22/01 : Atacama Road Trip (2/2)
Au programme : le Salar d’Atacama et ses lagunes.
Nous nous rendons d’abord à la lagune de Tebenquiche. Pour cela, nous empruntons une piste construite sur le Salar. Ça secoue !
La lagune de Tebenquiche est surtout réputée pour ses bactéries extremophiles, capables de survivre dans cette eau à la salinité saturée (la moitié du lac n’est que pur sel), aux UV solaires du désert d’altitude et aux annuelles émersions lorsque le niveau de l’eau baisse saison sèche.


Nous reprenons la route pour près de 4h à rouler autour, puis à travers le Salar d’Atacama. De tout ce temps, presque aucune route asphaltée. Ce ne sont que des pistes en plus ou moins bon état, avec quelques bosses et nids de poule de temps en temps, juste pour surprendre. Nous alternons régulièrement de conducteur tellement la route est fatiguante. Dehors, le thermomètre dépasse les 30°C.


Lorsque nous commençons notre traversée du Salar par le sud, le paysage plat et sableux du désert laisse place à une surface accidentée, semblable à une mer rougeâtre aux vagues agitées qui aurait été figée. C’est le résultat du craquèlement des strates supérieures du salar suite à l’enchaînement des saisons sèches et humides.
Plus loin, nous passons devant la plus grosse mine de lithium du monde. Ici, la surface du salar a été labourée par l’homme pour y extraire ses minéraux indispensables pour la production des batteries modernes (les fameuse Lithium-Ion). Le minerai extrait s’entasse sur des montagnes blanches artificielles érigées au milieu du salar.

Le tableau qui en résulte, entre les machineries de l’extraction, n’est pas très joli. C’est une bonne portion du sud du salar qui est dénaturé à jamais, cette géologie ayant nécessité des millions d’années pour se former.
Enfin, nous atteignons les lagunes de Baltinache, une succession de cinq petits bassins perdus au milieu du sel. L’eau y revêt des couleurs turquoises surréalistes. On se croirait sur la banquise, mais en plein cagnard.
Il est même possible de se baigner dans deux des bassins. L’eau y est tellement saturée en sel que l’on flotte plus que d’habitude, et qu’il est difficile de tenir en équilibre dans l’eau. C’est le même effet de flottaison que dans la Mer Morte.





23/01 : Repos
Pas de visite particulière aujourd’hui. Nous en profitons pour nous reposer. Nous prenons tranquillement notre petit-déjeuner à la Franchuteria, un café à la française qui fait d’excellentes viennoiseries. Et leur pain à l’ail est une vrai gourmandise.

Le reste de la journée, nous nous baladons dans San Pedro et nous posons à la Casa de los Músicos où nous avons repris une chambre. Nous nous couchons tôt car demain le réveil est à 5h30 pour le départ à Antofagasta.