Le Chili n’étant pas très large, on a facilement fait de se retrouver en Argentine. Enfin « facilement », cela nécessite quand même de traverser la Cordillère des Andes. Notre traversée de la frontière nous amène dans la région du Rio Negro, dans le Nord-Ouest de la Patagonie argentine.
06/02 : Bariloche
San Carlos de Bariloche (de son nom complet) est la plus grande agglomération de la région.
Cette ville de taille moyenne se trouve sur la rive sud du Nahuel Huapi, un lac presque aussi grand que le Léman cerné par les montagnes. Mais les similitudes helvétiques ne s’arrêtent pas là. En effet, la ville fut fondée il y a un siècle par des colons suisses, et aujourd’hui le centre-ville regorge de chocolateries, de bars servant des bières Lagers et de restaurants à fondue. En arrivant sur la place principale de la ville, l’architecture des bâtiments municipaux est bluffante. Heureusement que les tasses de maté s’alignent dans les magasins de souvenirs et qu’il y a quelques enseignes vendant des empanadas pour nous rappeler que nous sommes bien en Argentine.

Nous passons la journée à organiser nos prochains jours dans la région du Rio Negro. Dès que nous arrivons dans un nouveau pays, il nous faut reprendre nos repères : comment et où retirer de l’argent sans (trop de) frais, aller faire une lessive, faire le tour des agences de location de voiture et de tourisme…

07/02 : Sur le lac Nahuel Huapi
Nous montons à bord d’un bateau pour explorer la zone ouest du lac Nahuel Huapi. Le bateau nous dépose d’abord aux pieds de Los Cántaros, une cascade se jetant dans le Nahuel Huapi. Nous empruntons un chemin sur pilotis qui nous permet de longer les cascades jusqu’au lac qui les alimente, au milieu de la végétation d’une jungle tempérée.




Notre bateau nous emmène ensuite jusqu’à Puerto Blest, un port perdu au milieu à l’extrémité ouest du Nahuel Huapi. De là, nous empruntons un bus qui nous mène au bord du lac Frías plus en amont. Nous embarquons sur un autre bateau qui nous fait traverser le lac. À tribord, le paysage est surplombé par le volcan Tronador et ses cimes glacées. Nous arrivons à Puerto Frías où se trouve seulement un poste douanier avant la frontière chilienne. C’est par ici que Che Guevara quitta sa mère patrie en compagnie de sa moto pour entreprendre son road trip révolutionnaire à travers l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, seuls quelques touristes transitent encore par ici pour un passage de frontière à travers les forêts sauvages de la Cordillère.


08/02 : La route des septs lacs
Nous louons une voiture pour parcourir la route des sept lacs. En réalité, il y en a beaucoup plus mais on en décompte 7 grands le long de la route entre Villa La Angostura et San Martín de Los Andes. Il y a des points de vue aménagés pour admirer chacun des lacs, et les berges sont parfois pourvues de petites plages où beaucoup de familles chiliennes pique-niquent.




Sur la route, nous croisons également une jolie cascade, ainsi qu’une rivière bien singulière, l’arroyo Partido, qui a la particularité de se séparer en deux : la rivière Pil Pil qui coule en direction du Pacifique, et la rivière Culebra dont les eaux se jettent en Atlantique après avoir traversé toute l’Argentine.


En fin d’après midi, nous venons à manquer d’eau. Nous nous arrêtons donc à la première rivière pour remplir les gourdes grâce à notre filtre. L’eau vient des glaciers et est excellente: fraîche, claire et brassée par les pierres. C’est un plaisir de se servir directement dans la nature.

Toute la journée, nous jouissons d’un temps magnifique. Et nous profitons de la soirée chaude pour camper, se baigner et regarder le soleil se coucher sur le Lácar, le dernier lac de la série.

09/02 : Route en sens inverse… Ou pas
Dans la matinée, nous visitons San Martín de Los Andes, le point d’arrivée de la route des sept lacs. Cette petite ville de montagne est toute faite de chalets en bois. En hiver, c’est ici que se déroule la vie après-ski des stations environnantes.
Nous nous baladons dans la ville et entrons dans une boulangerie prendre un petit goûter. Toutes les pâtisseries regorgent tellement de sucre et de crème de lait que nous en ressortons mal, légèrement écœurés.
C’est ici aussi que nous trouvons un petit magasin spécialisé dans le maté. Nous nous faisons pas mal conseiller par les gérants. Nous jetons finalement notre dévolu sur un pot de maté tout en palo santo (le bois utilisé comme encens au Pérou) et sa paille en métal. Ça y est, on est enfin équipés ! Mais il nous faudra attendre d’être au Chili pour l’essayer, le thé de maté ne s’achète que par paquet de 500g et on risquerait fortement de se le faire confisquer à la douane.
Il est ensuite temps de faire demi-tour et de reprendre la route dans l’autre sens. Mais pour varier un peu nous prenons deux auto-stoppeurs barcelonais bien sympathiques qui vont à Bariloche. Cela fait un an et demi qu’ils sont sur les routes. Avec eux, nous nous engageons sur une « route alternative » le long du lac Traful : 50 km de chemin non goudronnée avec son lot de nids de poule. Ça secoue fort, mais le trajet en vaut la peine.

Vers le milieu du lac, nous nous arrêtons au petit hameau de Villa Traful, où nous pique-niquons sur le rivage et visitons une jolie chapelle tout en bois.


Peu après avoir repris la route, nous nous arrêtons à un magnifique point de vue sur le Lac Traful.


Les derniers kilomètres du chemin nous baladent dans une jolie vallée rocheuse. Par moment, nous croisons d’improbables colonnes rocheuses s’élevant par groupe ou en solitaire. Puis, nous rejoignons enfin la route asphaltée pour Bariloche.


La fin de journée approche. Nous déposons nos amis espagnols à l’entrée de Bariloche et allons chercher un camping non loin du parc Nahuel Huapi. Nous nous arrêtons à un premier camping. Pelouse impecable. Un homme d’environ 70 ans sort de son immense chalet en courant. Il commence à nous baratiner avec un accent bizarre. La nuit coûterait 23€, mais les douches ont de l’eau chaude. Nous lui faisons remarquer que c’est très cher pour un camping. Il rajoute que les campings aux alentours sont plus cher que le sien. Soit, la pelouse à elle seule est 5 étoiles. L’homme est très directif. C’est désagréable. Il faut se garer d’une manière bien précise à l’extérieur du camping (alors que le camping est vide), aller choisir son emplacement et revenir chercher les affaires. On découvre que la belle pelouse, personne n’y plante la moindre sardine et que les emplacements à 23€ sont des espaces même pas plat dans un sous bois miteux. Nous décidons de nous remettre à la recherche d’un endroit où dormir. Il est 19h passé et nous rentrons dans le parc Nahuel Huapi. Mais comme le ranger de l’entrée vient de fermer son bureau, il nous laisse entrer sans payer l’entrée et nous recommande même quelques campings dans le parc. Finalement nous dans un super camping au bord du lac tenu par un homme bien sympathiques dans la soixantaine, les cheveux longs et au look de hippie. Et ce pour seulement 9€… Moralité : ne vous fiez jamais aux vieux aigris à belle pelouse.
PJ dégote du saucisson et un peu de charbon pour (re)faire des pommes de terre à la braise.

10/02 : Le parc Nahuel Huapi
Le parc Nahuel Huapi est le plus bel endroit que nous ayons vu dans cette région. Le matin, nous nous rendons aux cascades Los Alerces. Le spectacle qui s’offre à nos yeux est époustouflant. Les couleurs de l’eau tumultueuse et du soleil à travers les arbres sont juste magiques.

L’après-midi, nous montons sur près de 50km sur un chemin sinueux en gravier, dont s’élève une poussière nuisant à la visibilité. De plus, la petite voiture de location galère un peu et la montée nous prend bien trois heures.

Enfin, nous atteignons le pied du Cerro Tronador. Nous avions déjà eu l’occasion de contempler l’autre côté de ce volcan coiffé d’un glacier lors de notre navigation sur le lac Frías.

Nous nous arrêtons d’abord au Ventisquero Negro, un lac au vert laiteux dans lequel flotte des icebergs. On dirait une immense piña colada avec une touche de Curaçao. Les pans de glaces flottants proviennent du glacier qui se jette dans le lac. Ce glacier a la particularité d’être noir. Cette couleur improbable provient de la poussière volcanique qui s’emmêle sur la glace lors de son lent mouvement. Au début, nous n’avons même pas remarqué le glacier, presque indiscernable des autres paroies rocheuse… Jusqu’à ce qu’un morceau de celui-ci s’écroule avec fracas dans le lac.


Il nous reste encore deux kilomètres jusqu’au bout du chemin carrossable. Puis nous continuons à pied jusqu’à la Garganta del Diablo. Au dessus de nous, plusieurs cascades se jettent de la falaise dans une bonne centaine de mètres de vide. Ces cascades sont issues de la fonte du grand glacier du Cerro Tronador. On croirait un décor du film Avatar.


Il est ensuite temps pour nous de redescendre le long chemin jusqu’à l’entrée du parc, de retourner à Bariloche pour rendre la voiture et de se préparer pour notre retour au Chili le lendemain.
Nous avions réservé un bus pour Puerto Montt (au Chili) pour le lendemain matin à 7h. Il est 16h quand nous commençons à redescendre du glacier. Nous devions encore rendre la voiture dans la soirée et chercher un endroit où dormir. Le programme s’annonce chargé!